René Grando, Tapas bulgares pour Germinal Poco, François Darnaudet, Le Dernier Tango à Port-Bou, Claude Delmas, La Vie va vite en août
Trois polars catalans, aux éditions Mare nostrum, nous font passer la frontière entre la France et l’Espagne dans un sens et dans l’autre.
La Catalogne est à l’honneur chez Mare nostrum. Voici une collection, « Polars catalans », et trois romans plus ou moins récents dont Tapas bulgares pour Germinal Poco, sorti en mars 2004 avant même la création de la collection mais au sein de laquelle il pourrait très bien s’intégrer. Ces trois romans ont beaucoup de points communs, surtout ils sont imprégnés de l’amour que portent leurs auteurs à cette région pleine d’histoires et de tragédies. Cependant, le roman de Claude Delmas -chronologiquement le dernier en date – se démarque quelque peu des précédents qui ont chacun pour héros un policier : Germinal Poco est un de ces flics besogneux qui jouen tle « bon » pendant les interrogatoires et Gabriel Lhaubre, sous la plume de François Darnaudet, est un policier un peu particulier, un inspecteur des cadavres en partance. Mais José, lui, est un braqueur à la recherche de son Eldorado. Il est d’ailleurs intéressant de noter que si Perpignan et Barcelone sont au cœur des deux premiers romans, Delmas tente le diable en faisant de Madrid, l’éternelle rivale, la Terre promise du bel hidalgo aux nombreux états d’âme.
René Grando, Tapas bulgares pour Germinal Poco
Les putes de l’Est font du tort au milieu péripatéticien local. Et une pute de l’Est, il y en a justement une qui flotte dans la piscine de Me Quinte. Alors que tout laisse augurer d’une triste histoire de sexe sado-maso qui aurait mal tourné, Germinal – ne rigolez pas, sinon son chat Kropotkine sort ses griffes – Poco la sent très mal. Et la découverte du corps d’un enfant dans la plaine n’arrange rien. D’autant que des numéros de téléphone sont retrouvés ici et là, et que ceux de Me Quinte et d’un baba cool d’éducateur ont une fâcheuse tendance à émerger un peu trop souvent. Et puis les Bulgares roulent en Mercedes et sont malpolis. La gironde Valérie, nouvelle venue au commissariat et qui émoustille les sens de Germinal, ne fait rien pour refroidir l’atmosphère. Par-dessus tout, le sieur Germinal n’aime pas du tout, mais pas du tout les pédophiles. Quand en plus ils sont meurtriers, il n’hésite pas à jouer les Johnny Weissmuller.
On a ici un roman riche et enlevé à la tonalité familière. On lit avec plaisir les nombreuses digressions de Germinal Poco tandis que l’investigation est menée tambour battant. René Grando ne s’embarrasse pas de procédure. Et ses flics ne se préoccupent guère de la bienséance d’une commission rogatoire. Comme celui de l’auteur, le style des deux inspecteurs est efficace, même si l’on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a un bon dieu qui veille sur eux tant les occasions de gaffer, qu’ils ne ratent pas, sont nombreuses. Cela donne un texte noir mais pas trop sombre, très agréable à lire.
François Darnaudet,
Le Dernier Talgo à Port-Bou

Un adolescent vient de mourir, et son corps va traverser la frontière. La petite amie du mort instille un léger doute dans la tête de Gabriel Lhaubre, inspecteur des cadavres en partance, qui va suivre le corbillard de loin et parfaire son éducation culturelle. Sans le savoir, il va aussi aller à la rencontre du philosophe allemand Walter Benjamin, mort pendant la Deuxième Guerre mondiale alors qu’il cherchait à rejoindre l’Espagne. Gabriel, « L’Ange de la mort », est persuadé qu’un drame va se jouer dans la petite ville frontalière de Port-Bou. Sa rencontre charnelle avec l’incarnation croate de la mort et sa signature au rouge à lèvres ne va que confirmer ses soupçons, et un carnage se profile alors que la classe de son fils effectue un pèlerinage dans la ville où s’est suicidé, fatigué de fuir, Walter Benjamin.
Claude Delmas, La Vie va vite en août
Le plus récent des romans de la collection voit un petit jeune, José, véritable Apollon qui a pour petite amie la fille d’un des plus grands notables d’un village perdu des Corbières, braquer des stations-service. Pour le plaisir ? Pas sûr. José rêve du braquage qui lui permettra de réaliser son rêve : traverser la frontière pour aller vivre en Espagne où ses racines le poussent. Et ce casse, José, il l’imagine se dérouler sur un terrain d’aviation. Le hic, c’est le mauvais temps et les mauvaises fréquentations. Même si ces dernières sont imposées. Car José attire sur lui tous les regards. Et pas seulement ceux d’une femme peintre qui couche des nus sur une toile avant de le coucher sur sa toile. Des caïds, on en trouve partout. Même aux Corbières. Et à se moquer d’eux, on attise les représailles. Pendant ce temps, José apprend le rôle joué par son grand-père pendant la guerre d’Espagne. C’est décidé, il fera le trajet en sens inverse, avec ou sans aide.
julien védrenne
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René Grando, Tapas bulgares pour Germinal Poco, éditions Mare Nostrum, mars 2004, 188 p. – 12,50 €.