Raphaël Majan, « Une contre-enquête du commissaire Liberty » : Chez l’oto-rhino

Raphaël Majan, « Une contre-enquête du commissaire Liberty » : Chez l’oto-rhino

Voici la deuxième aventure du commissaire Liberty Wallance. Nouvelle démonstration magistrale du talent de Raphaël Majan.

Plutôt que d’avouer à ses collègues que par moments il ne les écoute pas, le commissaire Liberty préfère feindre d’admettre qu’il a des problèmes d’audition ; il se rend donc chez l’oto-rhino de Lavraut, son second. Parce qu’il ne veut pas voir le couple de ce même Lavraut se dissoudre, le commissaire Liberty décide de tuer l’amant. Parce qu’ainsi il fera d’une pierre deux coups, il va s’arranger pour que le docteur Miradant, de la Villa Amélie, porte le chapeau. Pourquoi ? Parce qu’il estime qu’en plus d’être un charlatan incompétent, le Dr Miradant est foncièrement antipathique : il s’était permis des remarques sur le retard du commissaire à son rendez-vous.

En partant de ce constat très clair, le récit s’emballe vite. En effet, comme tout bon notable, le Dr Miradant en appelle à l’un des meilleurs avocats du barreau, grand amateur de belles phrases et omni-chiant tout comme sa bourgeoise de 11 ans son aînée.
Se pose alors le problème de l’élimination de l’avocat et de la femme de Miradant après le suicide de l’oto-rhino. Là encore, Wallance, le commissaire, décide d’user de l’un pour provoquer la chute de l’autre. L’avocat sera un beau coupable.
Pendant ce temps, une autre affaire préoccupe aussi la police. Le meurtre sauvage d’un homosexuel noir fortement bâti. Jugeant de cette affaire, « Liberty » Wallance aboutira à des conclusions pour le moins farfelues au regard de ses habituelles solutions.

Chez l’oto-rhino est le deuxième volet des contre-enquêtes du commissaire Liberty. Il ne déroge pas à la règle établie dans le premier. La causticité et l’ironie sont au rendez-vous. Liberty agrémente ses carnets d’aphorismes hallucinants tout en s’expliquant sur ses gestes et en regrettant qu’il ne puisse agir au grand jour alors qu’il ne fait que penser à la Société avec un grand S.
Le style de Raphaël Majan s’affirme, il manie la langue avec une aisance qui ravit son lecteur et par l’entremise de son personnage principal, Liberty, il insiste sur le côté littéraire que devrait avoir chaque individu. L’absurde et la farce ubuesque se côtoient sans cesse. Ainsi, parce qu’il souhaite voir Martine, la femme de son équipier, réintégrer le giron familial, il n’hésite pas à la carrer dans son lit et à en faire une maîtresse par intérim.
Bref, le premier volet était prometteur, le second était attendu au tournant. Ce sera le lot de chacun des suivants. On n’est absolument pas déçu !

julien védrenne

   
 

Raphaël Majan, « Une contre-enquête du commissaire Liberty » : Chez l’oto-rhino, P.O.L. , 2004, 197 p. – 12,00 €.

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