Quand j’étais petite / Dans la maison de Saralé / Raspoutine / Images des livres pour la jeunesse : lire et analyser
Peut-on aborder le racisme, la shoah, l’exclusion avec un enfant qui sait à peine lire ?
L’album est souvent le premier livre qu’un enfant aura dans ses mains. Bien avant de lire, il va mordiller les coins arrondis de pages cartonnées parfois sans texte. Puis viendront les comptines et les histoires à personnages récurrents, parfois un animal, qu’il aimera se faire raconter jusqu’à les connaître par cœur, des albums pédagogiques qui aident à grandir puis de beaux livres de contes. On a parfois l’impression que l’album accompagne l’enfant jusqu’à ce qu’il soit assez grand pour lire un « vrai » livre.
Mais il y a aussi des albums à thèmes, qui traitent de sujets sérieux tout comme un roman ou une nouvelle. Peut-on aborder le racisme, la shoah, l’exclusion avec un enfant qui sait à peine lire ? Vous trouverez certainement des éléments de réponse grâce aux titres qui suivent, à découvrir à partir de 6 ans.
Dans un petit livre carré, une toute petite fille (l’auteur ?) égrène des souvenirs d’enfance : des vacances à la campagne où la nature tient une grande place, des promenades à vélo, la 2 CV décapotable du grand-père et les histoires que l’on s’invente. Un vrai paradis. À l’école, la petite fille apprend les couleurs et puis un jour dans la cour on lui dit de quelle couleur elle est faite : café au lait. La narratrice, en grandissant, comprend ce qu’est le métissage, à vivre avec sa différence et le racisme qu’elle peut provoquer. Les illustrations de Marcellin en ombres chinoises sur fond papier brûlé, très originales, tour à tour inquiétantes ou amusantes, accompagnent le texte infiniment touchant de la conteuse Carole Lepan qui signe ici son premier livre. Un album, qui sans être tout à fait une nouveauté, demeure indispensable.
Nous comprenons rapidement que nous sommes dans une famille juive heureuse où tout n’est que douceur, joie et musique. Mais l’ombre dans la maison s’est installée ; les grands frères ont rangé leurs instruments et c’est la peur et le chagrin qui fait suite aux beaux jours. La tourmente de la guerre emporte la famille, parents et enfants. Seule Saralé, cachée dans le grenier, survit.
Tout est allusif dans cette évocation. Les mots guerre, antisémitisme ou déportation ne sont jamais écrits. Les saisons symbolisent les différents moments de l’histoire et toute la violence transparaît derrière la poésie des mots. Peu de texte et pourtant tout est dit, l’arrachement puis la reconstruction. Les très belles illustrations pleine page de ce grand album donnent des informations complémentaires au texte. Un livre à regarder en compagnie d’un adulte pour en appréhender les subtilités et découvrir l’Histoire.
Raspoutine est le surnom donné à un sans-abri à cause de ses yeux noirs, sa barbe et ses cheveux longs. En réalité il s’appelle Ferdinand et fait la manche devant une boulangerie dans un quartier populaire.
À travers les yeux d’un enfant issu du milieu ouvrier, l’auteur dresse un portrait sans concession du clochard qui boit beaucoup de mauvais rouge et refuse de manger la nourriture qu’il n’aime pas. Ses parents lui font l’aumône de quelques pièces mais l’enfant essaie de dialoguer avec Raspoutine, dont on ne saura, en définitive, jamais rien. Ni démagogie, ni justification dans ce livre qui présente l’exclusion avec un esprit subversif inhabituel. Les images, placées également à hauteur d’enfant, restituent l’ambiance du quartier. Un album plein d’humanité, à la fois digne et impertinent.
Pour les adultesDestiné à tous les médiateurs du livre et de la lectures, voici un essai collectif qui propose d’appréhender la création des albums à travers douze illustrateurs contemporains.
Pour chacun d’eux, un de leurs albums est analysé, puis c’est une image seule qui est soumise à un spécialiste de la littérature jeunesse et à un critique d’art.
De nombreuses pistes d’activités sont proposées en fin d’ouvrage.
De nombreuses pistes d’activités sont proposées en fin d’ouvrage.
patricia chatel
Carole Lepan (Marcellin pour les illustrations), Quand j’étais petite, Møtus, mars 2007 – 15 x 15 cm, 36 p. – 11,00 €.
Yaël Hassan (Nathalie Noviepour les illustrations), Dans la maison de Saralé, Casterman, septembre 2007 – 30,2 x 24,8 cm, 32 p. – 13,95 €.
Guillaume Guéraud (Marc Daniau pour les illustrations), Raspoutine,Éditions du Rouergue, avril 2008 – 24 x 18,5 cm, 32 p. – 13,50 €.
Collectif, Images des livres pour la jeunesse : lire et analyser, Editions Thierry Magnier / CRDP académie de Créteil, décembre 2006, 232 p. – 28,00 €.


