Portrait d’une esthète descendant l’escalier : entretien avec Carole Cohen Wolf (aka Zoé Wolf)

Portrait d’une esthète descendant l’escalier : entretien avec Carole Cohen Wolf (aka Zoé Wolf)

Pas étonnant que Zoé Wolf réclame un homme pour son anniversaire. Le genre masculin n’aime pas les femmes intelligentes : « un plaisir de pédéraste » ose même affirmer Baudelaire. C’est simplement un manque de clairvoyance ou plutôt une peur de n’être pas à la hauteur de celle qui est complexe et dont l’œuvre en fragments développe une partition mystérieuse. Elle est aussi un jeu à multiples clés et à diverses procédures. Telle la « Mariée » de Duchamp, elle s’éloigne des ornières du passé dans de subtiles virtuosités sans pour autant jouer les divas.

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Souvent, l’agacement. Trop de bruit, la faim qui réclame, un envahissement brutal de mon ensommeillement… J’adore la nuit et j’adore rester au lit, je prolonge le plus possible, parfois même en travaillant sous la couette et en me rendormant ensuite. De temps en temps, l’enthousiasme de la journée qui s’annonce, d’une idée ébouriffante qui nécessite une mise à exécution immédiate, un rendez-vous qui se rapproche, le désir d’un corps à caresser dans une autre pièce… Mais je pourrais clairement vivre dans mon lit. Au moins une bonne semaine d’affilée.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Je les ai réalisés.

A quoi avez-vous renoncé ?
A rien.

D’où venez-vous ?
De Ktoun, planète océanique dans l’une des galaxies extérieures de l’amas de Pandore.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Un gros QI, le goût de l’errance et une redoutable névrose.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Café/cigarillo en terrasse. Quotidien, sauf s’il pleut trop ou que je ne me lève pas.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes et écrivains ?
Une vision et une écriture.

Quelle est la première image qui vous interpella ?
Qui m’a interpellée, je ne sais pas. Dont je me souvienne : le soleil qui débordait par la fenêtre dans l’appartement de ma grand-mère, le jour de la naissance de ma sœur. Une totale et violente contradiction avec le déchirement que je ressentais.

Et votre première lecture ?
« Cosette », une adaptation de Victor Hugo pour enfants. J’avais trois ans, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Toutes, sauf si elles sont trop dissonantes. Avec une prédilection pour celles sur lesquelles je peux danser ou chanter. (C’est-à-dire, quand même, à peu près toutes).

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Je relis beaucoup. Il y a des livres avec lesquels j’ai une relation évolutive, qui avance à chaque fois que je repasse par eux, ou qui sont des amis intimes que j’ai besoin de revoir. « Ada » de Nabokov, « La faute de l’Abbé Mouret » de Zola, « Lambeaux » de Juliet,  » Pascin et le tourment « de Levy-Kuentz, « Les guerriers du silence » de Bordage, une quinzaine d’autres…

Quel film vous fait pleurer ?
« Ed Wood » de Tim Burton, « Elle et lui » de Leo McCarey, beaucoup d’autres..

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Une femme, parfois belle, parfois laide, mais qui n’est jamais tout à fait moi..

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
J’ai toujours osé.  Je suis résolument pour l’impudeur du sentiment..

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Celle ou je suis née et que je ne connais absolument pas : Fès, au Maroc..

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Arf ! Tous, aucun… Ceux qui y croient vraiment, peut-être, qui sont en art ou en écriture comme on pouvait être en religion, ceux qui peuvent mettre leur chair et leur âme dans leur travail, qui ne font pas dans la rétention ou le déguisement.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un homme.

Que défendez-vous ?
Le droit à la liberté d’être. Ce qu’on veut. Que l’on puisse dire pour tous : « Il est libre, Max ».

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Un de ses nombreux bon mots. Et une bonne définition du désir amoureux. L’amour serait plutôt donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui croit en avoir besoin.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
J’aurais plutôt tendance à dire que « la réponse est non » depuis que je suis à peu près sortie de ma grande hystérie. J’ai beaucoup de goût pour la contradiction.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
« Quel est votre véritable nom ? ».

Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 4 juin 2016.

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