Pierre Gonneau, Ivan le Terrible ou le métier de tyran
L’actualité pousse à regarder du côté de la Russie, cette nation que l’on a cru un temps absorbée par le communisme et qui, depuis près de 15 ans, fait un retour fracassant sur la scène de l’histoire. De cette contrée si proche et pourtant si lointaine de la Vieille Europe, le grand public retient quelques noms de tsars, parmi lesquels revient systématiquement celui d’Ivan IV, plus connu comme Ivan le Terrible. La biographie que lui consacre Pierre Gonneau, fin connaisseur du sujet, révèle que cet homme mérite sa réputation. Loin de vouloir réhabiliter le personnage, l’auteur explore les profondeurs de la Russie du XVI siècle, dans laquelle on chercherait en vain une trace de la Renaissance qui, à la même époque, illumine l’Europe occidentale.
On retient donc la spécificité de la Russie de cette époque qui, sous la direction d’Ivan, commence son expansion vers l’est contre les Tatars de Kazan qu’il soumet mais aussi vers l’ouest, avec les guerres contre le monde lituano-polonais, à la recherche du débouché maritime dont son empire a besoin De plus, on s’aperçoit que des liens sont noués avec l’Angleterre des Tudors, via les routes commerciales que les Anglais ouvrent en contournant la Scandinavie.
Quant à Ivan, il demeure cet être effrayant et dont le règne, commencé sous les meilleurs auspices, se transforma en une période sanglante, à laquelle son propre fils n’échappa pas. Le poids d’une enfance malheureuse semble peser sur cet individu qui apparaît toutefois fin manœuvrier. Les pages sur son prétendu retrait loin du Kremlin sont très éclairantes sur ce point.
Certes, certaines pages du livre pourront paraître compliquées à un public ne maîtrisant pas les subtilités de la société russe de cette époque. Pour autant, la richesse de l’ouvrage devrait lui permettre de beaucoup apprendre sur la Russie qu’il faut comprendre aussi par son histoire.
frederic le moal
Pierre Gonneau, Ivan le Terrible ou le métier de tyran, Tallandier, mars 2014, 556 p. – 26,00 €
