Pierre Desproges, Encore des nouilles – chroniques culinaires
Encore des nouilles fut à l’origine le titre d’une chronique éphémère (elle dura un an, contre vents et marées) que Pierre Desproges commit dans le très sérieux magazine culinaire « Cuisine et vins de France ». Outre une préface éclairante sur les circonstances de cette rencontre que l’on pourrait croire, à tort, contre-nature écrite par Elisabeth de Meurville, le recueil est agrémenté d’illustrations des grands dessinateurs de Charale Hebdo – Catherine, Charb, Tignous, Wolinski, Luz, Cabu et Riss – où l’humoriste sévit à ses heures dans une chronique intitulée « Les étrangers sont nuls ». Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? pourront s’interroger certains.
Ce serait ignorer que Desproges, amateur de vin, appréciait aussi beaucoup la bonne chère. Il s’affirme notamment « nouillophile » (même s’il les a appréciées au Québec et non en Italie) et cuisinier à ses heures, « par besoin de travail manuel. Pour que l’activité manuelle soit bonne, il faut se détendre dans le travail manuel ». Le lecteur retrouvera donc dans ce livre quelques recettes loufoques, tels le « Pâté de sardines à la desprogienne », le « Cheval-melba » ou la « Cigale melba », des inventions tout aussi illuminées, comme le « kir marron » d’Ibiza, des inventeurs non moins éclairés (dont Jonathan Paxabouille, père génial du « pain pour saucer »), des odes plus sérieuses (quoique) aux tomates et aux endives, et bien sûr, Desproges oblige, quelques démonstrations à l’ironie mordante : sur les propriétés anticancérigènes du vin de Touraine (« Je sais de quoi je parle, ayant toujours en cave un roulement de 300 bouteilles de bourgueil, je n’ai pratiquement jamais de cancer. D’ailleurs, je n’en aurai jamais, je suis contre la mort. »), ou sur le prétendu mauvais goût des masses populaires, « où l’on n’hésite pas à se priver de caviar pour se goinfrer de topinambours ». Sans oublier les saillies et jeux de mots volontiers graveleux (« Allons enfants de la patrie, le jour de boire est arrivé », « ô rage, ô désespoir, ô Contrex ennemie »).
On l’aura compris, plus que ce qu’il apprendra du point de vue culinaire, c’est l’écriture au couteau qui fait même de ses chroniques radios de véritables textes littéraires, qui offrent l’intérêt de cet ouvrage. Un recueil de perles, où l’on rit à chaque page, jaune ou à gorge déployée, et qui nous fait une fois de plus regretter que l’humoriste nous ait quittés trop tôt.
agathe de lastyns
Pierre Desproges, Encore des nouilles – chroniques culinaires, illustrations Charlie Hebdo, Les Echappés, septembre 2014, 128 p – 14,90 €