Phoebe Morgan, Pièces détachées

Phoebe Morgan, Pièces détachées

Contrat rempli

Corinne et Ashley sont deux sœurs dont l’existence est sur le point de partir à vau-l’eau. Corinne, fragilisée par une énième FIV, commence à recevoir des éléments de la maison de poupées que son père leur avait construite ; Ashley, pour sa part, a l’impression que son mari la trompe, que sa fille aînée file un mauvais coton et que sa cadette, un bébé de neuf mois, régresse au lieu de progresser.
Ni l’une ni l’autre, cependant, ne sont prises au sérieux par leur entourage. Pourtant, comme on s’y attend, les deux sœurs ont bien raison de s’inquiéter.
Impossible d’en dire plus sous peine de dévoiler telle ou telle surprise réservée au lecteur.

Pièces détachées est un suspense psychologique construit selon les règles de l’art, le lecteur y trouvera tout ce qu’il est en droit d’attendre de ce genre de littérature : des personnages féminins dont l’état psychologique peut être questionné, si ce n’est par le lecteur, du moins par les membres de leur entourage ; une narration prise en charge alternativement par différents personnages, tantôt à la première, tantôt à la troisième personne, tantôt narrant des événements du passé, tantôt du présent ; et un suspense habilement construit, qui pousse à continuer la lecture et empêche de lâcher le livre.

La particularité du roman de Phoebe Morgan, cependant, c’est qu’il comporte deux sources de tension : comment expliquer l’apparition de ces fameuses « pièces détachées » chez Corinne et l’avalanche de désagréments qui s’abat sur la famille d’Ashley ? Et les deux sœurs vont-elles échapper à la présence menaçante qui plane sur elles ?
C’est grâce à cette deuxième question que le livre tient en haleine, car au fond, tous les éléments de l’intrigue permettant de répondre à la première question sont assez convenus et surtout lèvent le mystère assez rapidement.

On comprend ou devine très (trop ?) tôt d’où les pièces peuvent provenir, pourquoi et, plus important, qui sont les persécuteurs des sœurs. Et comme toujours dans ces cas-là, on s’agace du manque de clairvoyance des personnages.
En revanche, on ne peut s’empêcher de se soucier de leur sort et on veut savoir si elles vont échapper aux manigances visant leur perte.

Et comme le récit est mené avec efficacité et fluidité, le contrat est rempli : quelques heures de délassement qu’on oubliera bien vite, mais c’est toujours ça de pris.

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agathe de lastyns

Phoebe Morgan, Pièces détachées, traduit de l’anglais (GB) par Danièle Momont, l’Archipel, juin 2020, 384 p. – 21,00 €.

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