Philippe Pelaez & Guénaël Grabowski, Personne
Le huis clos ultime
Daniel Nikto fait le même cauchemar. Il se baigne, avec Enya, sa fille de douze ans, sur la lune Europe, un satellite de Jupiter. Il est le pilote de cette mission Europe, d’une durée de deux ans, pour laquelle il vient de consacrer dix ans de sa vie. C’est ce que lui reproche Eva, son épouse, de les avoir délaissées, elle et leur fille, pour la mise au point de cette aventure cosmique.
En emmenant Enya à l’école, il prétexte un oubli de documents pour faire demi-tour. Il voit alors un homme rejoignant son épouse. Un de ses équipiers tente de le consoler. Mais les mauvaises nouvelles s’accumulent quand on lui annonce qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau, qu’il ne part plus, le risque est trop grand.
Au 182e jour de la mission, Daniel est réveillé par l’IA du vaisseau qui demande la correction d’une légère perte de puissance. C’est en vain qu’il cherche les autres membres de l’équipage, les cinq scientifiques qui doivent l’accompagner dans le voyage…
On peut comprendre la frustration d’un homme qui a consacré dix ans de son existence à préparer un objectif et qui, peu de temps avant la concrétisation, doit abandonner. Cependant, cela ne suffit pas à expliquer la situation créée par Philippe Pelaez qui confronte le personnage principal à une totale solitude, sauf les ordinateurs de bord. Aussi que représente cet homme qu’il voit apparaître, qui se présente comme M. Zilch et qui lui dit qu’il est là grâce à lui ?
Le scénariste use de quelques thèmes de science-fiction, de complications médicales et propose un huis clos magnifique dans l’immensité intergalactique. Peu à peu, se dévoilent les circonstances qui ont conduit à cette situation de crise avec des révélations, des fausses pistes. Tous les éléments constitutifs du récit installent une tension, génèrent des interrogations jusqu’à un dénouement peu ordinaire. L’auteur joue avec de nombreuses données pour instiller une atmosphère intrigante au possible. La NASA, avec la sonde Europa Clipper lancée le 14 octobre 2024, s’apprête à explorer cette lune de glace…
Guénaël Grabowski installe un dessin réaliste tant pour les différents protagonistes que pour tout leur environnement. Il propose des vues spatiales superbes, d’un beau pragmatisme, ainsi que les différentes parties tout à fait plausibles du vaisseau. Il s’attache à instiller, en lien étroit avec le récit, une atmosphère oppressante agissante.
C’est à Denis Béchu qu’est dévolu la tâche de la mise en couleurs, tâche dont il s’acquitte haut la main, trouvant les teintes adéquates pour chaque situation.
Avec Personne, ce one shot au récit efficace, les auteurs propose un album très attractif, riche en intrigues, actions er rebondissements, dans une mise en images réussie.
serge perraud
Philippe Pelaez (scénario), Guénaël Grabowski (dessin) & Denis Béchu (couleurs), Personne, Dargaud, mars 2026, 88 p. – 19,50 €.