Philippe Levillain, La papauté foudroyée. La face cachée d’une renonciation
Le départ de Benoît XVI vu par l’historien
C’est un livre tout à fait original que nous propose Philippe Levillain, grand historien de l’Eglise et de la papauté. Original par son organisation et ses analyses qui tranchent avec tout ce qu’on entend et lit ici ou là… L’ouvrage tente de décrypter les dessous de la renonciation de Benoît XVI, ce coup de tonnerre qui le 11 février 2013 ébranla l’Eglise catholique et le monde. Cet évènement inouï n’en finit pas de susciter moult interrogations, d’alimenter les thèses les plus diverses. Que cache donc cette décision rarissime ?
Philippe Levillain ne se départit jamais de la prudence de l’historien qui n’affirme rien sans preuve. Ainsi laisse-t-il plusieurs portes ouvertes sur les raisons de ce départ si émouvant : les turpitudes de la Curie, les soubresauts de Vatileaks (le majordome est-il illuminé ou manipulé ?), les noirs secrets de la ténébreuse banque du Vatican qui, si elle n’était pas là pour alimenter les fantasmes, devrait être inventée… ?
L’auteur trace un très beau portrait de Benoît XVI derrière lequel on sent poindre une réelle admiration pour la stature de l’homme. Mais qui n’en éprouve pas à part les médiocres qui règnent sur le monde ? Présenté comme « le vigilant gardien de la transmission exacte des mots gravés par la foi dans l’immuable et le temps », le pape Ratzinger est présenté comme un souverain courageux, tenace et animé d’une « ferme pureté ». Il n’en reste pas moins que Philippe Levillain met en lumière plusieurs problèmes majeurs : la rapidité de la béatification/canonisation de Jean-Paul II, le titre de pape émérite, l’institutionnalisation de la renonciation à laquelle François lui aussi fait allusion pour lui-même.
Est-ce pour cela que la papauté ressort foudroyée du 11 février 2013 ?
Très intéressantes sont aussi les pages consacrées au pontificat de François et aux graves questions qu’il soulève tant sur la forme (le pape n’aime ni Rome ni la Curie) que sur le fond (la question des divorcés remariés et plus globalement celle du péché). Avec toute la force que lui donne sa connaissance de l’histoire de l’Eglise, Philippe Levillain note qu’on se retrouve plongé dans les débats des années 60-70, de Vatican II et de Humanae vitae. Revient la question de la place de l’Eglise dans le monde qu’on croyait réglée avec les deux papes précédents. On recule donc de quarante ans. C’est étrange pour un pontificat présenté comme progressiste, voire révolutionnaire… Enfin, l’auteur n’hésite pas à s’interroger sur la pertinence d’une témérité – celle des propos du pape – qui brutalise les habitudes, les cœurs et les âmes ?
La réunion du synode sur la famille à l’automne prochain apparaît donc comme un évènement crucial sur bien des points.
frederic le moal
Philippe Levillain, La papauté foudroyée. La face cachée d’une renonciation, Tallandier, mars 2015, 253 p., 18.90 €