Hubert Tézenas, L’or de Quipapá
Hubert Tezenas dépeint un Brésil qu’il connaît bien pour y avoir séjourné, dès l’âge de dix-huit ans, pendant une décennie. Il brosse le tableau d’un pays, dans les années 1980, où la violence est omniprésente, où la corruption est érigée en état de droit et où la seule loi qui s’applique est celle du plus fort. Alberico Cruz travaille dans une petite agence immobilière de Recife, dans l’état de Pernambouc. Les temps sont durs, en 1987, et les acheteurs rares. C’est en faisant visiter un appartement très vétuste que sa vie bascule. Son client, un syndicaliste, est tué par deux hommes. Alberico peut s’enfuir, mais il est arrêté et fait figure d’assassin. Sous la torture, il signe tous les aveux qu’on lui présente.
À Quipapá, Kelbian Carvalho travaille, depuis peu, dans la distillerie de son père, un despote qui règne sur d’immenses propriétés et ne tolère pas la contradiction. Il fabrique de l’éthanol à partir de la canne à sucre. La situation économique n’est pas brillante ; l’éthanol, malgré les pénuries de pétrole, est moins prisé que ce dernier. Il doit prendre, en tant que directeur du personnel, des décisions de licenciements massifs pour améliorer la productivité. Un mouvement de contestation est vite réprimé par son père.
Alberico est emprisonné et subit de mauvais traitements dans la cellule fourmillante où un caïd, appartenant à la Phalange rouge, fait la loi. Une nouvelle surpopulation déclenche une situation qui permet l’évasion de Cruz. À bout de forces, il s’écroule et se réveille chez un cabocle ramasseur de déchets. Kelbian retrouve Tiago, son demi-frère, qui gère une mine au cœur du Sertão. Ils en espèrent beaucoup pour se libérer de l’emprise de leur père. Cruz, qui a repris des forces, aidé par sa fiancée et un journaliste aux mystérieuses motivations, doit prouver son innocence et pour cela retrouver les assassins du syndicaliste.
L’intrigue est basée sur la lutte entre un homme, qui voit sa vie basculer l’horreur, et un des représentants de ces grands propriétaires terriens qui exploitent, sans vergogne, une nombreuse main-d’œuvre maintenu dans un état de pauvreté extrême. Le sujet, certes, n’est pas nouveau, mais reste d’une actualité brûlante dans le monde entier où la rentabilité financière prime sur toutes les autres considérations.
Mais, l’intérêt de ce récit réside dans la présentation et la succession tonique des faits, dans le parcours des protagonistes, dans la remarquable galerie de personnages et dans la description sans fards d’une réalité humaine et… économique. Hubert Tézenas oublie d’être partial. Il raconte aussi la crise qui frappe le pays, les choix politiques plus ou moins judicieux, les paris sur un avenir incertain avec cette production d’éthanol qui ne se rentabilise pas. Il développe les magouilles politiques, financières et toutes les manœuvres pour obtenir encore plus d’argent. Il donne une description du pays mais livre une histoire dynamique, un récit dense, sans temps morts ni remplissage où les uns et les autres jouent une partition quelque peu truquée.
L’or de Quipapá est un roman dur où l’espoir reste absent, mais c’est la relation d’un Brésil loin des clichés, au plus près d’une terrible réalité, un roman prenant qu’on ne lâche pas avant une fin dans l’esprit du récit.
serge perraud
Hubert Tézenas, L’or de Quipapá, Éditions Métailié, coll. « Suite française n° 186 », mars 2015, 224 p. – 10,00 €.
