Philippe Djian, Dispersez-vous, ralliez-vous
De l’optismisme (tempéré) romanesque
En dépit d’un travail elliptique, Philippe Djian ne travaille pas à la serpe. Tout est attachant dans son personnage qui est suivi de son adolescence jusqu’à son état de femme jeune. Celle qui était complexée, inconsolable trouve – mariage pourtant bancal aidant – de quoi se recomposer une assise au prix d’une lutte avec l’existence.
Celle qui fut abandonnée par sa mère se veut tout le contraire. Ce qui ne va pas sans chutes et remontées plus que par sauts et gambades.
Djian est une nouvelle fois à l’aise dans la « peau » d’une femme (on se souvient de Oh !). De l’épaisseur de vie, l’auteur crée un feuilleté. Il permet de comprendre les évolutions et les « involutions » de celle qui fut le jouet des adultes et qui a du mal à sortir d’elle-même : « Une petite douleur, un pincement m’aurait rassurée sur le bon fonctionnement de ma mécanique intérieure, mais je n’éprouvais rien » écrit la narratrice. Et c’est bien là le problème, d’où les glissades pulsionnelles de ses affects, l’addiction au tabac, à la drogue, et au sexe pour le sexe.
Mais le changement d’environnement, de condition matérielle d’existence, la lucidité de certains et la générosité d’autres permettent « le pas au-delà » des liens du sang et l’apprentissage de l’autonomie et de la liberté. Sans être le roman de l’année, cette fiction est intelligente et permet de comprendre comment rien n’est forcément joué.
On peut parler de fiction « optimiste », subtile et dépouillée. Drôle aussi. Et ce, même dans les moments et auprès des personnages les plus pénibles (euphémismes) : père nul, frère dealer et mari des plus douteux.
jean-paul gavard-perret
Philippe Djian, Dispersez-vous, ralliez-vous, Gallimard, Paris, 2016.