Paul Auster, La Nuit de l’oracle
A travers ce petit chef-d’oeuvre de mises en abyme, Paul Auster nous livre ses réflexions sur l’écriture
Un article offert entre deux réunions de rédaction par une chroniqueuse de passage, Aude Hardy…
A la fois poète, dramaturge, cinéaste et romancier, Paul Auster semble avoir mobilisé tout son savoir-faire artistique pour écrire La Nuit de l’oracle. Dans ce roman, il conjugue écriture poétique, dialogues rythmés, scénario aux zooms et flashes back innombrables, pour nous plonger dans un univers étrange, où les histoires s’enchevêtrent. Si, au départ, les mises en abîme nous déstabilisent un peu, elles sont en fait des chemins indispensables pour pénétrer au cœur d’un roman sur la quête d’identité.
L’intrigue de départ est simple : suite à un grave accident de santé, l’écrivain Sydney Orr se rétablit progressivement, entouré par sa femme, Grace, et son ami, John Trause. Après s’être tenu de nombreux mois coupé de l’écriture, Sydney retrouve l’inspiration en achetant un intriguant petit carnet bleu, dont il se sent tout de suite dépendant. Il se plonge alors dans la rédaction, jusqu’à ne plus entendre la sonnerie de son téléphone. On en vient même à se demander si le récit ne va pas prendre une tournure fantastique, tant l’acte d’écrire semble avoir d’emprise sur le personnage.
L’histoire que Sydney Orr rédige est celle d’un éditeur chamboulé par la découverte d’un livre, intitulé La Nuit de l’oracle. Nous, lecteurs, qui tenons en main un roman pourvu du même titre, sommes à notre tour aspirés de force dans la fiction. Et notre lecture devient alors une histoire de plus dans le roman. Nous sommes nous aussi happés par l’histoire, au point d’en oublier la vie réelle. Cette immersion totale dans l’histoire démontre la réussite de Paul Auster, qui nous offre là un vrai chef-d’œuvre. Ainsi, ce roman nous dit que la fiction ne pas être séparée de la réalité : La vie est une scène de théâtre, comme l’écrivait déjà William Shakespeare. Plus encore, l’écriture a un véritable impact sur le réel, elle détient même le pouvoir de provoquer l’avenir, que l’humain porte inconsciemment en lui. C’est pour cela que Sydney Orr choisit de déchirer le petit carnet bleu pour que son histoire ne s’accomplisse pas. Mais peut-on vraiment effacer ce qui a été écrit ?
Paul Auster, à travers son récit, témoigne de sa conception de la littérature. Mais sans son talent de conteur, ses réflexions sur l’écriture n’auraient pas la même valeur. En effet, l’intrigue dans laquelle il nous plonge est superbement tissée et les personnages plus vivants que jamais. Le mystère et les doutes, qui planent sur le récit du début à la fin, perdurent longtemps après que l’on a achevé La Nuit de l’oracle…
Aude Hardy
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Paul Auster, La Nuit de l’oracle (traduit de l’américain par Christine Le Bœuf), Actes Sud, 2004, 240 p. – 20,00 €. |
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