Paul Andreu, Deux lettres à un jeune architecte
Paul Andreu a conçu la plupart des bâtiments de Charles-de-Gaulle ainsi que d’autres aéroports en France comme à l’étranger. Il a construit aussi un musée de la mer à Osaka, un gymnase à Canton, un centre musical à Shanghai et surtout l’Opéra de Pékin. Mais ce n’est pas l’objet de son livre.L’auteur ne cesse d’y élargir le champ de l’architecture. Héritier implicite de Michel Foucault, proche à sa manière du « Mouvement Mars 1976 » qui s’opposa à la Charte d’Athènes et son fonctionnalisme, Andreu cherche toujours la relation d’une création avec son contexte. Toute construction doit jouer avec la lumière, le vent et les éléments. Le lieu en son ensemble hétéroclite plus que le bâtiment par lui-même est donc avant tout ce qui doit intéresser un architecte.
A travers ces deux lettres écrites à seize ans de distance, il approfondit son parcours générique loin de tout souci d’auto-célébration. Paul Andreu évoque comment l’architecture doit sortir de l’architectural. Ne pouvant être conçu comme autonome par rapport à son contexte, tout bâtiment n’a pas pour fonction de faire monument mais de s’intégrer dans la poétique de la ville, d’un lieu et de leurs agrégats hétéroclites.
Dès lors, il s’agit moins de créer une théorie qu’une pratique. La première tourne en effet très vite à ce qu’il nomme une « idéologie » et donc au sectarisme toujours préjudiciable à tout développement d’un projet. Partant de l’analyse et non de spéculations théoriques générales, Andreu cherche à créer des lieux qui ne soient pas communs sans tomber dans l’utopie qui en architecture est source d’erreur.
Le principe de réalité reste toujours le plus fort. Car c’est là, en croyant s’extirper de ce chaos, qu’un architecte le renforce. Ce qui importe est de mettre en jeu l’énergie d’une construction. Sa vertu cardinale est de rester interactive eu égard à sa fonction comme à l’espace où elle s’insère. Devenant un passage obligé, elle représente un enjeu autant urbanistique que poétique.
jean-paul gavard-perret
Paul Andreu, Deux lettres à un jeune architecte, Fata Morgana, illustrations de l’auteur, Fontfroide le Haut, 2016, 80 p.
