Patty Carroll, Anonymous Women
Regarder, c’est d’abord arrêter le regard. Le regard se prépare. Silence des yeux. Etre là simplement devant un espace qui devient territoire réceptif d’une sorte de vide. Patty Carroll met en état de perte de vue dans la surface. Mais elle ouvre l’air(e) du dedans et joue de son espacement. Il s’agit de lâcher le reflet pour la présence mais l’inverse est tout aussi évident.
Avec Patty Carroll, la photographie devient un murmure flottant. Elle n’a ni haut ni bas : rien qu’un chemin d’air. Il permet de prendre le reflet de la lune pour traverser le fleuve. Avec le risque de s’y noyer ou pas. Le tout est de savoir bâtir une respiration.
Blanc sous le noir. Ou l’inverse. Présence et absence là où le fond devient premier plan. Pour faire venir l’apparition. Mais l’énigme reste. Empreinte et rythme par les enlacements qui brassent. Extraire, projeter c’est la photographie. Vide et plein et en défaisant faire.
Une jeune lumière pousse en colorant les yeux d’aube. Le cœur se baigne dans un lit d’élan. Source à sa surface, empreinte de buée. Réduit à ses apparats ou ses ustensiles de travaux ménagers, la femme est théâtralisée de manière enjouée au moment où elle n’est plus qu’un ersatz, un rideau… Tout est coloré, humoristique et critique. Le modèle devient quasiment une nature morte : seul ce qui la recouvre dit son appartenance à son milieu.
jean-paul gavard-perret
Patty Carroll, Anonymous Women, Daylight Books, 2017 – 45,00 $.