Pascal Meynadier, L’Egypte au cœur du monde arabe, l’heure des choix
Fractures et enjeux de l’Egypte
L’attention des analystes se focalise sur le conflit israélo-palestinien et la question iranienne. Cette polarisation, certes tout à fait justifiée, jette une certaine ombre sur un autre pays, autrefois majeur dans les affaires d’Orient, aujourd’hui plus en retrait, mais encore incontournable dans la résolution du conflit palestinien, l’Egypte.
L’étude de Pascal Meynadier arrive donc fort à propos pour nous donner les éléments fondamentaux de la géopolitique du pays des pharaons. Conforme à l’esprit de la très bonne collection des éditions Tempora et du Jubilé, Initiation à la géopolitique, le livre est court (127 pages de texte), accompagné de cartes claires et utiles, avec une chronologie, précise pour la période contemporaine, et une bibliographie fournie mais qui aurait gagné à la présence d’ouvrages anglo-saxons.
L’organisation générale de l’ouvrage décontenance quelque peu. Trois chapitres seulement : le premier vise, semble-t-il, à poser les fondements de l’Egypte moderne, à travers l’analyse de deux de ces grands chefs d’Etat, Nasser et Sadate. Il s’achève avec le portrait d’un général, Saoud Eddine Chazli, héros de la guerre des Six jours et du Kippour. Puis, on passe à l’analyse des rapports entretenus par l’Egypte avec ses voisins et les principaux acteurs du jeun moyen-oriental. Le livre s’achève sur un vaste chapitre qui tente de tracer les grandes lignes du tableau culturel, économique et social de l’Egypte. On conviendra que ce plan manque de profondeur et de construction.
Fort heureusement, le contenu ne trahit pas les attentes du lecteur. L’auteur maîtrise incontestablement les faits historiques et sociaux de l’Egypte. On se laisse donc conduire au cœur de ce pays bien plus compliqué que l’image « carte postale » qui est véhiculée en Occident. Que sait-on vraiment de l’Egypte ? En réalité, fort peu de choses. C’est la raison pour laquelle on lit avec grand intérêt les pages fort bien documentées de Pascal Meynadier sur la vie culturelle égyptienne et sa lente dégradation. En effet, la culture égyptienne ne se limite pas à l’époque pharaonique. Elle a connu une époque particulièrement brillante dans les années 1940-1960, pendant lesquelles elle a rayonné sur l’ensemble du monde arabo-musulman, notamment à travers l’image et la voix désormais mythique d’Oum Khalsoum. Aujourd’hui, rien de comparable. Le déclin est profond et en fait traumatisant pour les Egyptiens.
De fait, le constat de Pascal Meynadier est pessimiste sur une société surpeuplée, divisée, pauvre, traversée par l’islamisme, et qui a subi comme de terribles humiliations les défaites contre Israël, surtout celle de 1967. C’est avec raison que Meynadier commence le livre sur cet événement. La normalisation avec Israël reste fragile et impopulaire dans les masses populaires, même si les liens économiques se renforcent. De très belles pages sur les liens complexes avec l’Iran détesté et l’effet de son accession au nucléaire sur l’Egypte ; avec Gaza désormais entre les mains du Hamas ; sur les tensions à propos de la gestion du Nil et la vision « égypto-centrée » du grand fleuve ; sur les relations avec les Etats-Unis. La stabilité de l’Egypte est un enjeu majeur car son naufrage ébranlerait tout le Proche et le Moyen Orient.
En fin de compte, l’Egypte reste un des cœurs du Proche Orient. Le livre de Pascal Meynadier le démontre avec clarté.
f. le moal
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Pascal Meynadier, L’Egypte au cœur du monde arabe, l’heure des choix, Tempora/Editions du Jubilé, 2009, 134 p. – 14,50 euros |
