Pascal Forbes, À l’Américaine, ou comment s’est écrit : Le Cœur sur la Main
Un mauvais roman qui aurait pu être une bonne nouvelle
Après une formation avec le théâtre du mouvement, la ligue d’improvisation, la commedia dell’arte et un passage en Inde du sud pour s’initier aux mudras de Kathakali et au chant Karnatique, Marie-Odile Sahajdak a joué avec une dizaine de compagnies nordistes. Elle anime des ateliers théâtre, écrit des pièces pour enfants et des chansons.
Une couverture pétante aux couleurs du drapeau américain, forcément, et la promesse de nous offrir un roooman digne de ce nom. Bien, très bien je trouve ça couillu , et ça tombe plutot pas mal puisque notre auteur espère se faire des bollocks in gold avec son roman.
Sa stratégie : un roman commercial pour une société galvaudée qui baigne dans la carence intellectuelle nourrit aux reality show, au sexe et trash TV, le tout mâtiné de gore. C’est pas très gentil pour vos lecteurs potentiels monsieur Forbes mais je sais que vous êtes jeune, certainement fougueux, alors je vous pardonne. Je vais le lire votre roooman.
Monsieur Forbes, quel coquet vous êtes, dès la première ligne vous nous assurez que cette histoire va nous déplaire, un point c’est tout. Mais on ne peut pas le savoir …on ne l’a pas encore lue votre histoire, c’est de l’enfantillage, ce sont les filles qui font ça : – « Je suis trop grosse , je suis moche » – « N’importe quoi, t’es un peu ronde, et encore, ça te va super bien, t’es belle comme tout »
Mais je m’éloigne, pas trop loin, juste quelques lignes plus bas. Et voilà que vous recommencez à faire l’enfant : Et que je suis conscient d’être un écrivain à deux balles, pas cultivé, inconsistant, sans style, fade, tiède, naif, et que j’ai des sentiments chiants au possible, bref, la liste est longue, et là, franchement, j’emets des doutes quant à ma capacité à pouvoir vous rassurer sur tout.
Je ne suis pas certaine que c’est de cette manière que vous allez toucher du flouze et vous en mettre plein les fouilles, quoique… un appel de fond pour la sauvegarde des caliméro, ça peut marcher, mais c’est une autre histoire, entrons plutôt dans la vôtre.
Vous nous l’aviez promis et je ne suis pas décue, votre héros principal est un vrai personnage de série américaine, tout droit sorti d’Urgence ou de Grey’s Anatomy, un docteur House en puissance encore plus déjanté. Ca me plaît et votre premier chapitre est vraiment drôle. Ce chirurgien qui pour sauver sa peau fait des prélèvements d’organes sur les victimes encore vivantes du gang des Pistoleros floros est attachant. La description de son intervention est précise et efficace et contrairement à ce que l’on pourait penser sur ce genre d’opération.
Sous votre plume, elle en devient amusante, délectable, on en redemanderait presque. Donc déjà vous voyez bien que vous êtes cultivé, vous avez dû faire des recherches pour écrire cette première partie, c’est coton la chirurgie ! Mais c’est plus fort que vous et nous voilà repartis dans les méandres de la création littéraire, un peu d’autosuffisance justifiée par une citation de Shaw : Il est clair qu’un roman ne peut jamais être trop mauvais pour être édité… Il est certainement possible pour un roman d’être trop bon pour valoir la peine d’être publié.
Nous avançons, ce n’est pas votre cas. Et à la page 127 je vous donne entièrement raison, après la bonne surprise de ce premier chapitre qui aurait fait une jolie nouvelle, en continuant l’histoire celle-ci s’est graduellement encroûtée, amollie, elle a régréssé et on s’ennuie. Ce va-et-vient systématique entre les séquences soap et l’écrivain toujours à deux balles nous expliquant comment il fabrique un best-seller devient d’une lourdeur… Alors tout ce dont on avait fait abstraction au départ refait surface et devient agaçant.
Le même langage pour tous les personnages qui, de ce fait, se fondent en un seul qui se donne la réplique à lui-même. Les poncifs pour le coup, eux aussi à deux balles, et les clichés plaqués sur le comportement du toxicomane. On n’y croit plus, on décroche et on attend la fin qui malheureusement est l’apothéose du foirage d’une séquence dialoguée.
On a perdu le côté drôle mais cela nous aura appris une bonne chose : la méthode Coué, ça marche ! A force de nous avoir répété, et vous, de l’avoir écrit, que vous étiez un écrivain à deux balles… faut pas s’étonner. Pour l’oseille cette fois je vais vraiment vous rassurer, Florence Foster Jenkins était une soprano à deux balles et elle a vendu des milliers de disques dans le monde entier. Consciente des critiques, elle rétorquait : Les gens pourront toujours dire que je ne sais pas chanter, mais personne ne pourra jamais dire que je n’ai pas chanté.
Positif, isn’t it… ?
Marie-Odile Sahajdak
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Pascal Forbes, À l’Américaine, ou comment s’est écrit : Le Cœur sur la Main, Black-Out, 2009, 222 p. – 12,00 euros. |
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