Parfum de femme : entretien avec l’artiste Anne-Marie Donaint-Bonave
Trois éléments récurrents traversent l’œuvre d’ Anne-Marie Donaint-Bonave : la terre, l’écriture et surtout le bol qui, pour l’artiste, reste une matrice universelle. Il est l’objet (ou le sujet) d’un grand nombre de ses séries : «L’or de la fêlure», «Constellation du bol», «Effleurée», «Le chemin du bol ». A partir de cette concavité première la créatrice a inventé une peinture ou une écriture imaginaire qu’elle nomme « Bolographie ». Celle-ci demande au regardeur tout un travail de recomposition car elle n’est pas directement lisible.
Ensuite, la plasticienne a cherché des objets écrits en provenance des fouilles du monde entier (plaques de marbre, ex-voto, etc). A travers eux, elle compose des formes archétypales où la symbolique féminine se mêle à la masculine de manière impressive.
Ces œuvres sont dessinées à la pierre noire, réalisées en terre cuite raku, peintes à l’encre en petits et grands formats. Existe là une poésie verticale (en hommage à Roberto Juarroz) et des stèles (en écho à Victor Segalen). L’artiste fait pénétrer dans des œuvres frontales où le regard est guidé par la lumière qui en émane par la force de la terre réchauffée par une « écriture » qui devient un voyage sans escale pour l’imaginaire.
Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
L’idée de vivre.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Ils se portent bien.
A quoi avez-vous renoncé ?
D’où venez-vous ? A la » belle carrière » sécurisante et à son aisance financière. Je viens de la solitude, fille unique sans cousins, entourée d’adultes dont certains dépressifs.
Qu’avez-vous reçu en « héritage » ?
Dans une famille marquée par les guerres, l’idée et la preuve que les femmes sont fortes et peuvent être indépendantes.
Qu’avez vous dû abandonner pour votre travail ?
Un statut social valorisant.
Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Entrer dans l’atelier après avoir fait le tour du jardin.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes?
??? Je ne sais pas, je n’ai pas le sens de la compétition…
Comment définiriez-vous votre approche de l’abstraction ?
Un concentré de réflexion, de ressenti, de lectures, de « laisser venir »
Un vide qui se remplit de tout, à l’aide d’un pinceau et de la matière.
Quelle fut l’image première qui esthétiquement vous interpella ?
Enfant, « Les rochers de la sainte Victoire », aquarelles de Cézanne dans un petit livre reçu en cadeau. Plus je regardais moins je comprenais l’intérêt de faire ces quelques traits pour « dessiner » des rochers. Compris bien plus tard et aimé passionnément !!
Et votre première lecture ? Quelles musiques écoutez-vous ?
Lecture : La toute première : un livre animé avec une locomotive …
Ensuite, je ne sais pas… je dévorais tout, je dois beaucoup aux bibliothèques où ma mère m’a emmenée très jeune.
Musique : écoute éclectique, de Guillaume de Machaut au contemporain via la musique de chambre et en passant par les musiques anciennes du Rajasthan, du Moyen Orient et de l’Asie.
Jazz aussi: chaque jour l’open jazz d’ Alex Dutilh sur France Musique à 18h !
Peu ou pas de chansons.
Quel est le livre que vous aimez relire ?
Une anthologie de haïkus.
Quel film vous fait pleurer ?
Les actualités…
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Une femme mure qui n’a pas l’air trop malheureuse…;
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
J’ai eu la chance de pouvoir remercier les personnes qui ont compté dans ma vie sauf le ou la conférencière qui a fait un cours sur l’art asiatique, un soir à l’école du Louvre, lorsque j’étais étudiante.
Le lendemain j’étais au musée Guimet, coup de foudre pour les bols raku et les céladons. Le reste s’est enchaîné à partir de là…
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Kyoto.
Quels sont les écrivains et artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Franz Klyne, Rothko, O. Debré, Titus-Carmel, Parvine Curie, John Batho …etc…
Erri De Luca, des poètes connus et moins… Jaccottet , Emaz etc..
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Si je rêve :
1) une expo dans un bel endroit où tout serait vendu au vernissage.
2) un voyage clés en main au Japon
3) un parfum composé rien que pour moi.
Que défendez-vous ?
Avec Amnesty la liberté de penser, les droits humains.
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Classique sujet de dissertation… je n’aime pas qu’une expérience humaine fondamentale soit ainsi mise en équation, je m’y sens à l’étroit.
Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
La question était « l’amour est-il dans le pré » ? Alors oui, bien sur ! Cours-y vite, cours-y vite….
Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Qu’est-ce qui vous fait rire ?
Présentation et entretien réalisé par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 11 décembre 2017.
One thought on “Parfum de femme : entretien avec l’artiste Anne-Marie Donaint-Bonave”
Concurrence avec Jochen Ruth = bol à thé galerie Ruffieux-Bril Chambéry= Séduisante » bolographie » à l’aune de la pertinence des réponses d’une artiste aussi créative que le critique JPGP .
Demeure l’interrogation : qu’est-ce qui fait rire Anne-Marie Donaint-Bonave ?J’attends …