Olivier Kaeppelin yeux ouverts, yeux fermés : entretien intempestif du directeur de la Fondation Maeght

Olivier Kaeppelin yeux ouverts, yeux fermés : entretien intempestif du directeur de la Fondation Maeght

Depuis toujours Olivier Kaeppelin est proche des artistes du temps. Pour preuve, il collabore avec la Galerie et la Fondation Maeght depuis près de 25 ans. Rien de plus naturel donc qu’à la demande d’Adrien Maeght – président de la fondation – il en accepte la charge en juillet 2011. Fidèle à l’esprit de Marguerite et Aimé Maeght, sensible à l’importance de la création et de l’innovation, Olivier Kaeppelin mêle la lumière des artistes premiers du lieu aux artistes actuels qui contribuent à la compréhension de l’époque et participent à son invention (Djamel Tatah,  Marco Del Ré par exemple).
Né en 1949 à Rio de Janeiro, Olivier Kaeppelin fut, entre autres, le concepteur de plusieurs expositions et événements dédiés à la création en France  : « La Force de l’art »,«Monumenta », « Dans la nuit, des images ». Il a été commissaire d’expositions (Villa Médicis, Biennale de Venise, Musée d’art moderne de Villeneuve d’Ascq etc.), créateur de revues littéraires et artistiques, homme de radio (cofondateur Des « Nuits magnétiques » de France Culture), collaborateur de La Quinzaine Littéraire, Beaux-Arts Magazine, Art Press, L’Ennemi, l’Autre journal, il est l’auteur de nombreux ouvrages et textes sur l’art et les artistes (Miro, Gasiorowski) et d’ouvrages majeurs – trop méconnus – de poésie qu’on nommera de transfiguration (« Correspondances » – Editions de la Différence).

L’œuvre écrite comme l’engagement de direction préservent ce qui échappe à la connaissance « de tous les jours » : une incertitude affirmative, une assurance qui n’oublie rien de sa fragilité. Fidèle à sa sensibilité et par son attention, Olivier Kaeppelin s’intéresse aux travaux esthétiques qui débrouillent le chaos et cherchent l’inatteignable de l’être et du monde. Bref, il défend les arts utopiques et non les tombeaux. A Saint Paul de Vence plus qu’ailleurs il est « sillonneur » et le facilitateur du cours des formes vivantes où des forces circulent quels que soient leur âge et leur temps.

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Aimer

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Ils sont toujours là. Ils préservent l’innocence.

A quoi avez-vous renoncé ?
Peut-être à l’idée de bonheur.

D’où venez-vous ?
D’un territoire mental construit concrètement par le Brésil, pays de mon enfance, et mon vrai pays. A-t-il une représentation ? Forêt, fleuves, explorateurs ?

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Le respect d’autrui mais aussi le goût de la liberté.

Qu’avez- vous dû « plaquer » pour votre travail ?
Tant de choses : vivre, profondément, le temps.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Fermer les yeux.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Pas grand-chose.

Quelle fut l’image première qui esthétiquement vous interpela ?
Le vert, l’étonnant vert de l’herbe des stades de football au Brésil, puis des tables de billard dans les cafés et aussi le mot EXIT dans les salles de spectacles.

Et votre première lecture ?
Il y a beaucoup de premières lectures. Peut-être « Poêmes à Lou » d’Apollinaire que possédait ma mère. Je l’ai commencé puis je l’ai lu dans la foulée, en entier, aidé par la chanson des mots de cet écrivain.

Comment pourriez-vous définir votre rôle à la Fondation Maeght ?
Inspirer. Rendre, je l’espère l’art vivant pour le public et pour tous ceux qui travaillent à la Fondation.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Beaucoup de musiques, que dire ? Charlie Headen, MackleMore, Parmegiani, Johnny Cash, Gesualdo, Campra, Monteverdi.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
« Moby Dick » d’Herman Melville

Quel film vous fait pleurer ?
« Sous le soleil de Satan » de Maurice Pialat ou « Five easy pieces » de Bob Rafelson.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
… ? Un amoureux, un père aimant et un homme qui vieillit.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Je ne sais pas, peut-être certaines personnes que j’ai aimées ou admirées ?

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Detroit, Palerme, la montagne d’Angèle dans la Drôme au-delà de Volvent.

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
C’est bien difficile de répondre… Wolfgang Gefgen, Fabrice Hyber, Daniel Pommereulle, Gérard Gasiorowski et trois que je n’ai pas connus comme Jack Spicer, Georg Trakl, Eva Hesse. Tout cela me permet de croire que j’ai, comme compagnon, un artiste imaginaire qui n’a pas de nom.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Le sourire de quelqu’un, heureux, que j’aime et si, c’est trop demander, une poignée d’amandes fraîches

Que défendez-vous ?
La création, l’expérience de la surprise, la valeur de l’innocence.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas ? quelqu’un qui n’en veut pas ? »  
Sans doute et toutes ces sortes de choses.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Je pense qu’il a tout à fait raison. Cela permet de s’informer.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Je n’ai pas la réponse.

Présentation et entretien réalisé par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com en mars 2014

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