Olivier Hézard, Ecoutez ce silence qui crie
Fantôme que fantôme : ébauche d’un éclair nocturne
Au sein de la ruine (laissée par l’homme dans l’histoire), Olivier Hézard inscrit une quête fascinante et selon une forme et une structure plastique particulières. Le passé retroussé à défaut d’être retrouvé devient un présent pimenté de fantasmes premiers parfois graves et mortifères. Néanmoins, un charme opère. Contre l’obscur et la mort, il pleut des formes et une survivance entre tricots vert tendre des prés et les nuages d’ombres des vestiges qui se métamorphosent de divers « fantômes ». Si bien que nous appartenons, par la persistance de telles lucioles, à la même mémoire que celle de l’artiste. A la fois, elle nous fait perdre le nord et nous éveille au peu que nous sommes à force d’oublis.
Certes, l’être est dévasté car il ne peut s’estimer qu’à l’aune du néant. Mais la mort et la destruction ne sont plus le seul théâtre du vrai. Et s’il faut vivre, comme tout, sans vérité, demeure néanmoins la hantise des lieux. Car si les ombres ne possèdent pas beaucoup de consistance, les affronter permet l’ébauche d’un éclair nocturne. Celui-ci résiste dans l’air abasourdi des songes et des réalités : multipliant les fragments de notre mémoire, la vie soudain est bien plus qu’un préjugé.
Des marges de la nuit, Olivier Hézard métamorphose les paysages-cadavres du passé en une vision « avènementielle » empreinte de sobriété fortement poétique. La « reprise » photographique permet de quitter le temps du supplice, lequel débouche sur l’éclosion d’œuvres panoramiques. Diverses thématiques picturales et historiques s’y synthétisent. Exit la déploration, la lamentation face à des tombeaux collectifs. Olivier Hézard, en parcourant des lieux « chargés » et les fixant, remplace la mort par la vie. Mais il y insère des trophées qui rappellent à l’éphémère au sein de paysages sur lesquels le temps pourrait ne plus avoir de prise.
L’artiste crée un chiasme historico-géographique afin de proposer une vision d’un temps à l’état pur au sein même d’un cheminement historique. Formes et couleurs lévitent dans un paysage intemporel mais qui prend à témoin le passé cruel. Une lumière de limbe ou de nuée coule sur lui pour une extase nue.
jean-paul gavard-perret
Olivier Hézard, Ecoutez ce silence qui crie, Editions Marie Delarbre, collection Le Cube, Grignant, 2015 – 8,00 €.