Œdipe (Philippe Adrien)

Œdipe (Philippe Adrien)

La mise en scène de Philippe Adiren pousse ici le syncrétisme aux limites de l’incohérence

Cela commence avec une savante disposition scénique, comme pour secouer les voiles d’une nativité mythique. Mais la belle alliance de la musique, des éclairages et des plaintes des acteurs ne dure pas : ce travail d’intention précieuse est vite trahi par le jeu intentionnellement décalé, surdémonstratif, grandguignolesque des acteurs. Le choix de mettre sur scène des acteurs handicapés se révèle improductif. Les déclamations ostensibles installent entre les dialogues et les spectateurs une distance délibérément infranchissable. Les dialogues semblent avoir tout oublié de Sophocle, pour se faire répliques attendues, dans une prétention explicite de vulgarisation aux relents de farce populiste. On pourrait s’occuper à autre chose pendant la représentation, si l’on n’avait auparavant pris soin de nous demander explicitement le respect du travail présenté…

Philippe Adrien, qui s’est pourtant illustré dans sa carrière dans de bonnes et sobres mises en scène de textes difficiles, semble désormais mûr pour réaliser des séries télévisées grand public. Il fait des choix sans cohérence, mêlant décor mystique, costumes heroïc fantasy, grimaces farcesques, cérémonies d’allure vaudou, bref une insulte à l’esthétique. Le syncrétisme est poussé devant nos yeux à ses dernières limites, celles de l’incohérence et des télescopages inopinés. Les confessions d’Œdipe apparaissent finalement dignes d’un intimisme psychologiste mêlé à des démonstrations de foire. Dès qu’un effet scénique paraîtrait efficace, comme quelque plainte du cœur ou quelque révélation faite par effraction, il est aussitôt désigné sur scène par un autre acteur, comme pour souligner la distance qui nous en sépare. Finalement, ce sont les vidéos projetées en fond de scène, ainsi que les fondus enchaînés qu’elles permettent, qui semblent dans ce spectacle les plus réussis, comme pour confirmer qu’on a bien atteint là la négation du théâtre.

Œdipe
d’après Œdipe roi et Œdipe à Colone de Sophocle
Texte français :
Bertrand Chauvet (adaptation Philippe Adrien, Vladimir Ant, Bertrand Chauvet).
Mise en scène :
Philippe Adrien
Scénographie :
Gérard Didier
Avec :
Vahid Abay, Vladimir Ant, Mylène Bonnet, Monica Campanys, Stéphane Dausse, Stéphane Guérin, Catherine Le Hénan, Bruno Netter, Jean-Luc Orofino, Bruno Ouzeau, Anne-Laure Poulain
Vidéo :
Lazlo Sébastien 
Musique :
Guédalia Tazartès
Costumes :
Elena Ant 
Lumière :
Pascal Sautelet

Visitez le site du Théâtre de la Tempête.

c. giolito

   
 

Du 13 janvier au 15 février 2009 au Théâtre de la Tempête – Cartoucherie de Vincennes, Route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris.

 
     

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