Musée Duras (Marguerite Duras / Julien Gosselin)
Faire durer Duras
Denis Eyriey et Mélodie Adda © Simon Gosselin
Avec la promotion sortante du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, Julien Gosselin a retraversé l’œuvre protéiforme de Marguerite Duras — romancière, dramaturge, cinéaste. De cette intense expérience de lecture sont nées onze propositions scéniques distinctes, pour onze textes rassemblés dans un musée imaginaire, sous forme de décor évolutif. Entre chaque séance, impérieux, le compte à rebours entraîne notre esprit et lui dit de se tenir prêt : garder à part ce qu’il vient de voir et s’ouvrir à ce qui va venir. Car il s’agit bien de cela : recevoir dans leur divergence les propos les plus divers, comme si, à chaque texte, s’inventait une forme, une grammaire , une esthétique nouvelles et avec ce projet généreux et virtuose de tirer par l’engagement magistral de la proposition le meilleur de chaque élève ici mis en scène, seule, seul ou à plusieurs dans les dispositifs les plus inventifs, parfois aux frontières du théâtre, à la marge du texte, parfois dans de véritables propositions de jeu, de l’agôn à la dimension chorale. Avec gros plan sur des visages qui écoutent, des yeux limpides – pâleur inouïe – les larmes affleurent d’une comédienne qui n’a fait que prendre en notes le témoignage d’une autre.
Ainsi sans cesse se réinvente le plateau, au-delà d’un dispositif bi-frontal, des propositions vidéo toujours justes, un plateau désacralisé offert à des spectateurs intrépides et aux attentes assouvies d’être tantôt au milieu, devant, derrière, à côté, au milieu, voyeurs, invités, sommés, abasourdis, dans la confidence ou témoins. Couchés dans le noir ou debout dans la lumière crue. Dire Duras, montrer comment elles et ils la reçoivent depuis leurs vingt ans et nous, nous nous voyons aussi, nous nous déplaçons et au hasard des moments la connivence que crée la durée, qui nous rapproche et nous interroge… C’est vivifiant du début transgressif brutal et sexuel, au final à vivre et qui se re-vivra. Des spectateurs aux deux tiers en pleurs après La douleur, réinventée sous les auspices de Chéreau. Brillant et de panache, un Duras relu jusque dans ses insupportables ambiguïtés sur le rapport toujours à interroger quid du désir entre les hommes les femmes les toutes les tous les vibrants, c’est Duras encore, sublime forcément sublime, onze fois ressuscitée, lue, dite, interprétée, qu’elle parle de théâtre ou qu’elle fasse théâtre, onze moments d’étreinte et de réflexion, onze moments avec des images à profusion même et peut-être d’autant plus qu’on a commencé par fermer les yeux pour accueillir à vide la proposition dans sa force… ce qui constitue une puissance manifeste tout autant qu’un manifeste puissant.
anne-laure benharrosh
Musée Duras
d’après Marguerite Duras
mise en scène et scénographie Julien Gosselin
Avec des élèves de la promotion 2025 du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris : Mélodie Adda, Rita Benmannana, Juliette Cahon, Alice Da Luz Gomes, Yanis Doinel, Jules Finn, Violette Grimaud, Atefa Hesari, Jeanne Louis-Calixte, Yoann Thibaut Mathias, Clara Pacini, Louis Pencréac’h, Lucile Rose, Founémoussou Sissoko et la participation de Denis Eyriey, Guillaume Bachelé.
Dramaturgie Eddy D’Aranjo ; régie vidéo Raphaël Oriol, Baudouin Rencurel ; collaboration à la vidéo Pierre Martin Oriol ; musique Guillaume Bachelé, Maxence Vandevelde ; lumière Nicolas Joubert ; collaboration à la scénographie Lisetta Buccellato ; costumes Valérie Montagu : collaboration au son Julien Feryn ; assistanat à la mise en scène, surtitrage Alice de la Bouillerie.
Au Théâtre de l’Odéon Ateliers Berthier 1, rue André Suarès 75017 Paris,
du 9 au 30 novembre 2025, durée 10 heures (composé de cinq performances de deux heures à voir en continu ou séparément), les mercredis, vendredis, samedis et dimanches de 10h à 18h, relâches les lundis, mardis et jeudis.
Textes et distribution : I L’homme assis dans le couloir (1980) avec Founémoussou Sissoko ; Savannah Bay (1982) avec Atefa Hesari, Lucile Rose, Guillaume Bachelé, Alice Da Luz Gomes, Yoann Thibaut Mathias ; L’amant (1984) avec Alice Da Luz Gomes. II Hiroshima mon amour (1959) avec Yanis Doinel, Violette Grimaud ; La maladie de la mort (1982) avec Rita Benmannana. III Suzanna Andler (1968) avec Jules Finn, Violette Grimaud, Jeanne Louis-Calixte, Yoann Thibaut Mathias, Louis Pencréac’h, Lucile Rose ; « Le Théâtre » [La vie matérielle (1988)] et « L’exposition de la peinture » [Écrire (1993)] Reenactment de Wie Man Dem Toten Hasen die Bilder erklärt (Comment expliquer les tableaux à un lièvre mort) (1965) de Joseph Beuys avec Mélodie Adda, Lucile Rose. IV La douleur [Version de Patrice Chéreau] (1985) [2008] avec Louis Pencréac’h ; L’Amante anglaise (1967) avec Juliette Cahon, Jules Finn, Rita Benmannana, Atefa Hesari, Jeanne Louis-Calixte, Yoann Thibaut Mathias, Clara Pacini, Lucile Rose, Founémoussou Sissoko. V La Musica deuxième (1985) avec Mélodie Adda, Denis Eyriey, Jeanne Louis-Calixte ; L’Homme atlantique (1982) avec Clara Pacini.
Créé le 18 octobre 2024 au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris dans le cadre des Ateliers de 3e année.
Production Odéon Théâtre de l’Europe, Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, “Si vous pouviez lécher mon cœur” avec le soutien artistique du Jeune théâtre national.