Monique Tello, Gravures et peintures

Monique Tello, Gravures et peintures

Monique Tello : les fils perdus de l’Imaginaire

Le feuilletage de lignes et les méandres de Monique Tello admettent paradoxalement une réelle transparence. Elle naît des couleurs qui à la fois sont distinctes les unes des autres mais enrobées et « filées » dans le mouvement qui les prolonge et accorde à l’ensemble une profondeur poétique. Peindre sur toile ou sur papier revient à créer une sorte d’aporie de la notion de surface et de réalité. Sous le lissé de la première surgit ce que la seconde cache. Si bien que sous forme de prurit optique, chaque peinture « gratte » le regard.
L’artiste exaspère le plan dans la limite du cadre où se produisent une séduction et une effraction tant dans la peinture que la gravure. Les deux sont indissociablement liées. Tout se passe comme si l’artiste avait appris à graver en faisant de la peinture et appris à peindre en renouvelant le contenu de la gravure. D’une technique à l’autre s’organise ce qui est de l’ordre des lignes et des couleurs. Mais paradoxalement, celles-ci structurent les premières dans un renversement des « automatismes » graphiques et picturaux tels qu’ils sont conçus dans la peinture « classique ».

Comme chez Pincemin, dans l’œuvre de Monique Tello lignes et couleurs deviennent les signes de la poussée interne d’un état de la peinture qui dépasse l’encore et le déjà. D’où ce qui enflamme, hérisse en des agencements où sont troublés les concepts de figuration et d’abstraction au sein d’une ouverture énigmatique et d’une fermeture heuristique. Dès lors s’agit-il de refaire surface ou de faire tapisserie ? Monique Tello semble laisser la question ouverte. Néanmoins la première option est évidente.
En des espaces aussi superbement « abîmés » qu’évocateurs, un au-delà ou d’un en deça du réel apparaît. En des traversées « irruptives » de formes et de couleurs, l’ombre elle-même est à peine perceptible tant le plan les dissout. Un travail subtil et rare entre enveloppement et entrelacs permet de laisser surgir les aspérités d’une présence disloquée, déplacée. La simple narration s’efface au profit du questionnement sur ce que la peinture fait et « refait ».

Lire notre entretien avec l’artiste

jean-paul gavard-perret

– Monique Tello, Entretien de l’artiste avec Jean-Luc Terradillos, essais de Ludovic Degroote, Antoine Emaz, Bruno Krebs, Alberto Manguel, Denis Montebello, Editions L’Atelier contemporain, Strasbourg,  2013, 20,00 €.
– Monique Tello, Gravures et peintures , Espace Martiningo, Chambéry, du 20 septembre au 5 octobre 2013.

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