Modern English, Take me to the Trees
Nous ne reviendrons pas ici sur l’attribution discutable du Nobel de littérature à Dylan sinon pour rappeler que ce serait comme préférer donner le graal gastronomique à une baraque à frites plutôt que l’attribuer au Grand Véfour de Guy Martin. A tout prendre et pour rester dans le registre rock, un groupe tel que Modern English en aurait été plus digne que le songwriter américain.
Fondé dans l’Essex en 1979 par Robbie Grey (chant), Gary Mc Dowell (guitare et chant) et Michael Conroy (basse et chant); passant du Punk et de Joy Division et la new-wave grâce à l’adjonction des synhétiseurs (Steve Walker) le groupe se rapprocha des Simple Minds ou de Duran Duran. Après « Mesh and Love » (1981), « After The Snow » devint un hymne à la sensualité rêveuse selon une veine qui sembla se terminer avec « Stop Star » au moment où le groupe se sépara avant de se reformer plus ou moins et de tenter de renaître avec « Pillow Lips » puis « Engine ».
S’en suit une longue période d’errance rassemblée en 2010 sous le titre générique « Soundtrack ». C’est donc après 30 ans de quasi silence que Modern English revient avec « Take Me To The Trees ». Il retrouve ses racines premières et un post-punk forcément assagi : à l’énergie première fait place un autre type de vitalité. Il ne s’agit pas pour autant de faire le coup de « l’album de la maturité ». Les quatre musiciens l’ont acquise depuis longtemps. Il faut parler plutôt d’un approfondissement tant dans les orchestrations que les lyriques moins fadasses que les inepties prétendument poético-réalistes de Dylan.
La pochette est réalisée par l’artiste Vaughan Oliver (Pixies, Cocteau Twins, Lush) à l’origine du design du single « Gathering Dust » en 1980. Planant mais n’ignorant rien des miasmes du temps, Robbie Grey avec « You’re Corrupt » met les points sur les i et les pieds dans le plat des entreprises mondialistes qui réduisent la culture postmoderne à une peau de chagrin. Mais certains titres sont plus poétiques et balancent entre l’ombre et la lumière : celles du Suffolk ou de Thaïlande où ils furent écrits. Un tel opus est moins le prélude à la réédition de leur premier album « Mesh And Lace » que l’aboutissement d’un univers envoûtant. Certes, il n’existe pas là les fractures de groupes qui ont suivi (Radiohead en tête) mais l’ambition est là. Et le talent aussi.
jean-paul gavard-perret
Modern English, Take me to the Trees, Lebal InKind Music, Bertus France, 2017.
