Milo Manara, Le Nom de la Rose – Livre second

Milo Manara, Le Nom de la Rose – Livre second

Adapter en bande dessinée un texte aussi foisonnant, aussi riche en débats de philosophie religieuse, de querelles issues d’une vision bien différente de l’enseignement du Christ, relevait d’un formidable exploit.
Après un premier tome éblouissant où Milo Manara ne se livre pas à une adaptation résumée, mais réussit à mettre en images l’abondant contenu du roman, sa luxuriance spirituelle et sa tension dramatique, il propose un second tome où il poursuit sa voie avec une rigueur et une élégance exemplaires.

Un vieux moine, Adso de Melk, couche par écrit une aventure vécue dans sa jeunesse quand il était le novice de Guillaume de Baskerville, un ancien inquisiteur. Ce dernier est chargé d’une mission par l’Empereur. C’est par une température glaciale de fin novembre 1327 qu’ils arrivent dans cette abbaye bénédictine gérée par un abbé opposé au pape. L’abbé est soucieux, un jeune enlumineur, Adelme d’Otrante, est mort dans d’étranges circonstances. Guillaume propose d’enquêter.
Mais, le soir même, le moine traducteur de grec et d’arabe est retrouvé dans une jarre remplie de sang.
Et c’est la rencontre d’Adso avec une jeune femme dans les cuisines. Cette jeune personne, séduite par sa juvénilité, va lui faire découvrir les plaisirs de la chair dans un éblouissement qui va le poursuivre toute sa vie. Et les meurtres continuent alors que Guillaume et lui tentent de percer les secrets de la fabuleuse bibliothèque, une recherche rendue difficile par l’arrivée de deux légations, l’une menée par les Minorites et l’autre par le cardinal Bertrand Du Poggetto où Bernardo Guy, un inquisiteur, va tout faire pour…

Dans ce tome, Milo Manara continue de raconter les recherches des deux enquêteurs alors que de nouvelles morts, aussi mystérieuses, continuent de se produire. Il donne, comme Rabelais le suggère, la substantifique moelle des tensions théologiques, des débats religieux, des arguments avancés par les deux factions qui s’opposent, l’une prêchant la pauvreté et l’autre le contraire.
Umberto Eco a mis en scène des personnages authentiques comme le Pape, Jorge Luis Borges sous la bure de Jorge de Burgos, ce gardien du savoir, et Bernardo Guy, un inquisiteur avec tout ce qu’il peut y avoir de néfaste dans de tels personnages.
Si la femme est décriée à travers cette pauvresse du village des affamés, Milo Manara donne, par la bouche de Guillaume, une magnifique interprétation en consolant Adso, lui expliquant que si le Seigneur qui peut tout a choisi : « … de s’incarner dans le ventre d’une femme, c’est le signe qu’elle n’est pas aussi immonde que cela.« 

C’est un Milo Manara au sommet de son art qui assure le dessin alors que Simona, sa fille, réalise la mise en couleurs et quelle colorisation ! Le travail sur les décors est minutieux, la représentation de l’architecture labyrinthique de la bibliothèque scotche le regard. Ils gèrent un sens du mouvement même dans des séquences plus contemplatives. Ils réussissent l’exploit de donner aux nombreux religieux qui structurent le récit une véritable identité alors que, sous la bure, tout le monde se ressemble.

Jean-Jacques Annaud relate, en trois pages, ses contacts avec le romancier et comment il a pu adapter cinématographiquement une telle œuvre, se donnant comme mission de trahir avec amour et respect, d’embarquer les spectateurs dans une atmosphère unique.
Quand le talent d’Umberto Eco est sublimé par celui de Milo Manara, cela donne un diptyque exceptionnel.

Milo Manara (adaptation du livre d’Umberto Eco et dessin) & Simona Manara, (couleurs), Le Nom de la Rose – Livre second, Glénat, coll. 24×32, janvier 2026, 72 p. – 18,00 €.

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