Michel Embareck, Le Futon maltais / Caryl Férey, Raclée de Verts
Caryl Férey et Michel Embarek chaussent leurs crampons noirs avant d’aller tâter du ballon.
Les suites noires sont royales et se mettent aux sports. Aux sports collectifs, plus exactement. Si Caryl Férey nous emmène au royaume du sport hexagonal, dans l’antre des Verts de Saint-Étienne et de la fureur du ballon rond, Michel Embareck nous propose une troisième mi-temps atypique en terre ovalie. Si le monde est foot, les erreurs se paient rugby sur ongle, c’est bien connu.
Michel Embareck, Le Futon de Malte
Le commissaire étouffe discrètement un renvoi dans son poing. Comme on dit chez lui, la daube de midi lui caille sur le jabot. De très loin lui parvient un ramassis d’inepties, tueurs en série, psychopathes à la mords-moi-l’nœud dont se gavent désormais les scénaristes de séries télé. Et, au dernier chapitre, les flics, archanges de l’ADN, démasquent un très méchant vilain amateur de foie humain mi-cuit, traumatisé par la mort de sa grand-mère en gavant les canards… Si ces benêts d’écrivaillons ou de cinéastes savaient combien d’enquêtes n’aboutissent jamais malgré le renfort du profilage, science aussi exacte que l’astrologie.
Le commissaire Friedman est un expatrié strasbourgeois du football en terre ovalie. Le meurtre d’un avocat, ancien joueur capé de rugby ravive les vieilles luttes intestines entre joueurs à XV et à XIII. Mais le fond du problème doit être plus terre-à-terre. Le cadavre tient du crime sexuel. On lui a fait le coup de la cravate, mais il faut chercher alors les raisons de l’amputation d’un bras tatoué en son temps en Nouvelle-Zélande. Les affaires immobilières semblent au cœur de l’intrigue. La vengeance est un plat qui se mange froid. L’avocat a commis une erreur qu’il a payée de sa vie.
De la rue du Rempart-Saint-Étienne à Saint-Étienne, il y a plus d’un pas. Le ballon est moins aplati aux antipodes, la folie est plus dévastatrice et le sport draine bien plus d’argent. N’en demeurent que des passions qui se rassemblent. Au milieu, subsiste le ton tondu du cerveau mis en avant avec maestria par Caryl Férey.
À vaincre sans péril, on mérite sans gloire, disait Paulo César. Aussi ne comptez pas sur moi pour affronter un adversaire de seconde zone ; s’attaquer à de très nulles équivaut à marquer dans un but vide.
Michel Guichard a été traumatisé par la défaite de Saint-Étienne, en 1976, à Glasgow, en finale de la Coupe des Champions face au Bayern de Munich et les fameux poteaux carrés. Ses journées sont rythmées par les journées du Championnat de France, les sorties de son vieux clebs de Janvion et ses attaques sur des personnes âgées pour récupérer leurs trésors cachés. Michel Guichard le bien nommé est alors victime de pertes sensorielles qui l’enferment de plus en plus dans son monde, jusqu’à l’amener aux portes d’une furieuse folie.
julien védrenne
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Michel Embareck, Le Futon maltais, Éditions La Branche coll. « Suite noire » n° 12, novembre 2006, 94 p. – 10,00 €.