Mélanie Dornier de l’Asie aux bonbons Haribo : entretien avec l’artiste
Par ses photographies apparemment « exotiques », Mélanie Dornier remplace tout aspect touristique par une vision engagée. Ce qui ne nuit en rien à la beauté de ses prises même si elles signalent le chaos et la ruine où le monde risque de se perdre. Son travail (comme dans #I Breathe sur New Delhi) se veut un moyen non de réparer mais de montrer l’injure faite à chaque corps humain. La photographe ouvre des interstices afin de développer un mouvement de survie là où la sensorialité du monde reste encore présente mais en sursis.
Mélanie Dormier ne se contente pas de « reliefs » ou d ‘ »états » » elle met bas les « robes » d’apparat ou de misère des apparence dans un acte fort. Il permet de faire découvrir au-delà des invariants culturels le réel non seulement tel qu’il est mais comme l’artiste l’affiche : à savoir, dans les mises en scène une néantisation progressive dont l’avidité des pouvoirs est l’agent. Il y a donc bien subversion concernant la matérialité des formes graphiques et de la réalité.
Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La photo, les voyages et mes enfants..
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Ils ont changé, ils ont évolué tout comme moi au fur et à mesure des mes expériences.
A quoi avez-vous renoncé ?
Je pense que je ne me veux encore pas tout m’avouer…j’y travaille, j’y travaille…
D’où venez-vous ?
D’une famille qui m’a ouvert l’esprit et permis d’aller voir plus loin en croyant à mes convictions…J’ai été élevée dans des rapports humains simples dans une ville de province.
Qu’avez-vous reçu en dot ?
Aucune, je me suis mariée pour les méandres administratifs des visas….Une action très romantique dont – pour l’anecdote – l’Ambassade de Delhi parlait comme d’un mariage blanc…
Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Deux : un verre de vin et une cigarette. Quatre même : le chocolat et les Haribo.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres photographes ?
Je suis moi.
Comment définiriez-vous votre approche du portrait ?
Authentique, respectueuse et non posée – j’aime prendre mes sujets dans leur quotidien… Les photos intéressantes, c’est quand ils oublient ma présence.
Quelle est la première image qui vous interpella ?
Je pense que ce sont des peintures de Salvador Dali il y a maintenant bien longtemps.
Et votre première lecture ?
L’imagination et le rêve
Quelles musiques écoutez-vous ?
IndieRock et Electro. Et quand je conduis, de la musique classique pour ne pas me balader paisiblement sur les routes de campagnes.
Quel est le livre que vous aimez relire ?
Je n’aime pas relire les livres, j’ai soif de nouveau… mais le livre qui m’a le plus marqué est « La Mandarine » de Christine de Rivoyre .C’est le livre interdit que ma grand-mere m’a autorisé à lire quand je devais avoir 12-13 ans. Elle le jugeait « coquin », le fruit de l’interdit.
Quel film vous fait pleurer ?
Beaucoup, surtout lorsque l’on parle d’émotion et d’amour… et que je suis fatiguée. Mais le gagnant des gagnants que je connais par cœur c’est « Dirty Dancing ». Il a bercé mon adolescence.
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Une grande enfant.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Je suis pas très forte avec l’écriture et les correspondances, et de ce fait ne crois pas au pouvoirs des mots. Les actions et les images me paraissent plus appropriées pour véhiculer un message.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Je rentre de 8 ans d’Asie dont 5 ans d’Inde, donc le mythe et le sacré je l’ai vu et exploré… un lieu imaginaire d’harmonie et de cohésion sociale.
Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Connus ou pas connus, j’aime les personnes engagées et passionnées par ce qu’elles font. Le partage de leur art, œuvre, écrit est le plus beau des moments. Je n’aime pas m’inscrire dans des mouvements de pensées. Il faut rester soi.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Quelque chose que j’aurais voulu, penser ou fait de moi même. La preuve que la personne qui me l’offre me connaît et me comprend.
Que défendez-vous ?
Les valeurs humaines.
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
On a tous besoin d’amour et de respect.
Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Ne jamais oublier le pourquoi et but de ses actions.
Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Pourquoi avez-vous choisi de m’interviewer ?
Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 28 juin 2017.