Maureen O’Brien, À l’inattendu les dieux livrent passage

Maureen O’Brien, À l’inattendu les dieux livrent passage

L’inspecteur John Bright est de retour, et doit pourchasser ses démons pour mieux démêler une intrigue digne de Shakespeare.

C’est devenu une (mauvaise habitude) chez l’inspecteur John Bright. À nouveau un meurtre dans une maison vide, à nouveau dans le milieu des arts et spectacles. Après la terrible enquête à l’issue de laquelle il avait arrêté Millie Hale, une actrice d’une série de la BBC dont il avait fini par tomber éperdument amoureux, John Bright avec son strabisme et ses « A-ah » horripilants se voit retourner dans une spirale infernale. Kate Creech est une comédienne plutôt modeste, qui vit de cachets à droite et à gauche. Elle achève un périple de huit semaines en province où elle jouait dans Médée. Kate aspire au repos. Malade pendant toutes les représentations, elle faisait des allers et retours entre sa chambre d’hôtel et la scène. Hélas pour elle et une inconnue, la police, alertée par le voisinage indisposé par l’odeur, perquisitionne chez elle. À l’étage, dans sa baignoire, un corps en décomposition finit de se liquéfier.

John Bright fait contre mauvaise fortune bon chœur. De plus, il doit composer avec Edgley, une stagiaire au langage raffiné, qui peut paraître hautaine. Entre eux, le courant a du mal à passer. John et ses préjugés ou assimilés tels admire pourtant les qualités et capacités de celle qui est amenée à avoir de belles responsabilités au sein de la police. Ensemble, ils vont tenter de mettre un nom sur cette inconnue qui appartient forcément à l’entourage de Kate. Deux femmes ont disparu : Tess et Sally. Deux femmes qui ont eu, la première pour mari, la seconde pour amant, le charismatique Nat. Nat, le beau ténébreux, égoïste, égocentrique et qui considère qu’une femme qui l’aime doit tout sacrifier pour lui. Ce à quoi n’a pu se résoudre Kate. De là à imaginer la vengeance d’une femme bafouée… Oh, cœur de tigre caché dans le sein d’une femme (Shakespeare, Henry IV). John Bright doit démêler cette intrigue shakespearienne au plus vite. D’autant que d’autres vies semblent être en jeu et qu’un vaste trafic de drogue pointe le bout de son nez dans des lieux paisibles mais dont le fonctionnement s’apparente à des sectes.

Avec À l’inattendu les dieux livrent passage, Maureen O’Brien passe à l’échelon supérieur. Son style sobre et efficace que l’on avait découvert dans la première enquête de l’inspecteur John Bright, Les Fleurs sont faciles à tuer, prend toute sa dimension à mesure que notre auteure montre, mais sans ostentation, sa connaissance de l’œuvre de Shakespeare. Les citations fleurissent et croisent les plus belles tragédies grecques. Car là est l’essence du maître anglais né à Stratford-Upon-Avon (j’aime bien la consonance de ce village). Il partage avec John Bright, le héros de Maureen O’Brien, le fait d’être un corbeau arrogant, embelli par nos plumes (Robert Greene, pamphlétiste anglais – 1558-1592). À ceci près que la plume, ici, n’est pas nôtre mais appartient bel et bien à Maureen O’Brien qui s’installe définitivement comme une auteure incontournable et qui a le mérite d’éliminer les barrières entre littérature noire et blanche. En cela, on ne peut que la féliciter et attendre patiemment la sortie du prochain opus, sans aucun doute délectable.

julien védrenne

   
 

Maureen O’Brien, À l’inattendu les dieux livrent passage (traduit de l’anglais par Lalla Lenda), HB Éditions, octobre 2006, 426 p. – 22,00 €.

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