Maud Mayeras, Reflex

Maud Mayeras, Reflex

Quand l’œil de l’objectif révèle l’innommable !

Quand Iris Baudry a perdu son fils, victime d’un tueur en série, sa vie a basculé. Elle a alors quitté sa ville natale, et s’est investie dans son travail en tant que photographe de l’identité judiciaire. Elle s’est rendue disponible jours et nuits pour shooter en rafales des scènes de crime, et peut-être ainsi révéler ce que l’œil humain ne voit pas toujours. Elle se croit immunisée, insensible à toute douleur, mais une nouvelle affaire va la ramener subitement vers son passé.
Dans sa région, le corps d’un enfant est retrouvé tuméfié, et les méthodes qu’a utilisées l’assassin rappellent étrangement celles du tueur qui a frappé le fils d’Iris. Or le tueur présumé est en prison, s’agirait-il d’un imitateur ? Ou la vérité serait-elle beaucoup plus terrifiante ? Iris va, bien malgré elle, devoir se confronter aux fantômes de son passé, et se lancer dans une enquête qui pourrait lui coûter la raison et la vie !

Deuxième roman de Maud Mayeras, Reflex entraîne très vite le lecteur dans un univers sombre, qui lui fait tourner les pages de plus en plus rapidement, jusqu’à un dénouement incroyable. L’auteure peut se targuer de rejoindre le clan assez fermé des grands maîtres du thriller. Il semble qu’explorer les noirceurs de l’âme humaine ne soit plus seulement l’apanage de ces messieurs. Rien n’est épargné au lecteur : la tristesse d’une mère qui n’a jamais vraiment pu faire le deuil de son enfant, la folie de sa mère, des scènes de crime ignobles, une région qui vit sous la crainte …maints détails sont transmis par le biais de cette photographe avertie, qui n’aime plus la vie, comme le confirme la liste des choses qu’elle cite à chaque début de chapitre.
Originalité de ce roman : deux histoires, et deux époques s’entrecroisent pour finalement converger vers un présent atroce, de ceux que l’on aimerait justement très vite ranger au rang des souvenirs. Une narration vive, talentueuse, qui nous renvoie toujours vers la solitude d’Iris, et nous serre le cœur autant que les victimes du tueur en série du roman. Le climat d’une petite ville de province endormie en apparence par la canicule est très bien rendu à chaque page . L’auteure utilise aussi le poids de l’hérédité familiale comme un des ressorts de son histoire et, en tournant les dernières pages, on est confronté à l’inéluctable, quelque chose que l’on devinait peu à peu, mais qui nous terrifiait d’avance.
Soyez prévenus, certains clichés pris par Iris risquent bien de vous hanter un moment.

franck boussard

Maud Mayeras, Reflex, Pocket, 2015, 474 p. – 7,70 €.

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