Matthieu Baumier, L’Anti-traité d’athéologie – Le système Onfray mis à nu

Matthieu Baumier, L’Anti-traité d’athéologie – Le système Onfray mis à nu

Matthieu Baumier récuse point par point les raisonnements qui sous-tendent le Traité d’athéologie de Michel Onfray

Michel Onfray, essayiste médiatique et prolifique, aime à distribuer des claques à tel intellectuel qu’il déteste ou à tel autre pour la pure forme. Chacun en prend pour son grade dans ses livres, ses articles ou ses interventions télévisuelles. C’est vrai qu’il n’hésite pas à s’en prendre nommément à ceux avec qui il n’est pas d’accord. Pour la majeure partie, ses publications se partagent dans un grand écart entre les éditions Galilée et Grasset – les uns publient Ignacio Ramonet, les autres Bernard-Henri Lévy, autant dire que cet homme est un adroit funambule. De ses nombreux ouvrages, il faut retenir sa tentative de fonder un projet philosophique d’éthique hédoniste sur lequel il concentre les faisceaux de sa pensée. Il publie aussi parfois des choses sur la peinture et s’est fendu d’autres choses sur l’enseignement de la philosophie à Caen ou la mort de Pierre Bourdieu, voilà.

Le succès incroyable de son Traité d’athéologie paru en début d’année montre qu’il a su trouver un public large, friand sans doute de cette philosophie en kit, faussement accessible. Michel Onfray s’attaque aux trois monothéismes dans des termes très durs et n’hésite pas, parfois, à mélanger un peu tout au bénéfice de son argumentation. C’est précisément à cette façon de philosopher que Matthieu Baumier répond dans son Anti-traité d’athéologie. Tout ce que Michel Onfray a écrit n’est pas à jeter, au contraire. Certains de ses ouvrages sont utiles, instructifs et divertissants (il n’est pas question ici de se demander si le rôle de la philosophie est d’être divertissante ou pas. Michel Onfray est un digne représentant de son époque, rien de plus). Citons pour exemple Cynismes, La politique du rebelle ou Esthétique du pôle nord.

Il faut tout entendre dans ce titre, L’anti-traité d’athéologie. D’abord, cet ouvrage s’oppose effectivement point par point à celui de Michel Onfray. Ensuite, Matthieu Baumier est chrétien et il met clairement l’emphase sur sa foi, donc il faut aussi entendre que pour lui, l’athéologie, même s’il en respecte le principe, n’a pas de fondement véritable. Il prétend démonter le système Onfray et revient, pour ce faire, à la Bible, servant ses contre-arguments. La mise en orbite du Traité d’athéologie agace Baumier au plus haut point et il le fait savoir sans craindre la polémique, mais il faut, tout de même, mettre à son crédit une volonté de relever le débat. De ce côté-là, on conviendra qu’Onfray, lui, s’est beaucoup laissé aller, accusant à tour de bras les chrétiens de tous les maux. La synthèse du propos d’Onfray est simple à formuler : il faut déchristianiser, un point c’est tout. Baumier ne parle pas de rechristianiser mais propose plutôt de garder la tête sur les épaules. C’est en cela que la lecture de L’anti-traité d’athéologie a un intérêt.

Baumier revient à chaque chapitre sur un point précis : les femmes, la Génèse, la mort, la science, le Christ, Paul, les massacres et le nazisme. Il veut répondre en chrétien blessé et convoque nombre de figures intellectuelles pour notamment remettre en cause le matérialisme de Michel Onfray et appeler à historiciser le débat autour de la chrétienté. Pour Baumier, il s’agit aussi de filer une fessée à son adversaire et il balance consciencieusement ses petites piques. Voici :
Avec Michel Onfray, nous quittons la pratique intellectuelle commune – celle qui vérifie ses sources, pose des arguments cohérents et vise à élever l’homme – pour descendre au niveau d’une démagogie militante.
Baumier veut donner le change, alors il discute philosophie et théologie à un niveau certain et ne lésine pas sur l’honnêteté intellectuelle.

Tout le monde ne se retrouve pas dans la foi chrétienne de notre auteur et sa confiance en le religieux pour répondre aux questions que l’homme se pose. Son propos est pétri de ses convictions et donne souvent lieu à des délaiements tel que celui-ci : Nous sommes en Dieu comme Dieu est en nous, c’est-à-dire que nous sommes la vie en la vie.
En fait, il n’est pas question de critiquer les convictions ni la foi de l’auteur. Mais sans doute faut-il considérer ce livre surtout comme une charge de la communauté intellectuelle chrétienne contre un Onfray bien malhabile sur ce coup-ci.

m. clément

   
 

Matthieu Baumier, L’Anti-traité d’athéologie – Le système Onfray mis à nu, Presses de la Renaissance, octobre 2005, 242 p. – 17,00 €.

 
     
 

One thought on “Matthieu Baumier, L’Anti-traité d’athéologie – Le système Onfray mis à nu

  1. Je comprends et vois Très bien en quels points Vous Deux: Michel ONFRAY et l’auteur de cet article divergez: et c’est si LIMPIDE d’autant plus que vos bases de données ne sont pas les mêmes!

    Vous vous référez au Salut des âmes…Monsieur Onfray à la Science, et qu’à Elle seule; à la Pensée cartésienne: à l’individu qui, Sciemment _ car, à ma connaissance personne ICI en Occident, ne contraint plus personne à croire ou à ne pas CROIRE en Quoi que Ce Soit!

    Cet article est SI RICHE, aussi: riches devraient être les réactions à son sujet. Mon humble contribution est VOUS DEUX, Vous, Auteur de cette Tribune, et Michel ONFRAY avez raison de Croire en Quoi VOUS croyez, Mais Vous avez Tort de même de Ne Pas Croire en La Réalité TRISTE, mais Réelle: Onfray PARLE décadence, et Qu’il a PEUR! Et Vous, Vous parlez de la Providence: Ô que Vous n’Avez pas tant Espérance! Soyez très JOYEUX, allez dans l’allégresse et puisse Monsieur Onfray pareillement avoir moins peur, car La « Décadence », en aucun moment de l’Histoire des humains, PERSONNE, mais Personne, conscient qu’elle vient ou même inconscient , n’est jamais parvenu à l’Empêcher: Toutes les GRANDES CIVILISATIOS, avant Celle-ci, sont passées par Là, et aucune n’a survécu à son JOUR.

    Juste une opinion.

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