Martino Gozzi, Le chant de la pluie

Martino Gozzi, Le chant de la pluie

Pour la vie

Ce nouveau roman de Marin Gozzi est le modèle d’un wokisme littéraire compris. Certes, l’auteur polit les chromes. Il mélange plus ou moins sournoisement la pure fiction et l’autobiographie jusqu’au point éventuel de faire pleurer Margot, son compagnon (ou sa compagnes). Sous couvert d’aria (du baroque aux Beatles), l’évocation de la musique estampe le déficit de cette histoire certes ambitieuse puisque s’y cachent la recherche du sens et aussi une succession de questions.

Cela semble beaucoup, c’est plutôt rien même si l’empaquetage littéraire tient. L’histoire n’est que ce qui est inventé et se poursuit, au hasard, absurde, changeante, déformée certes au gré d’événements qui nous blessent, nous raturent, nous effacent. Mais Pour Gozzi, son héros Martino peut se reconnaître à côté de son ami (mort trop tôt) en rappelant sans arrêt de recommencer des inventaires.

Chercher un fil conducteur du livre est facile voire reposant vu le chemin qui mène de la distraction au jeu, du jeu à la duplicité. Et les questions éternelles reviennent dont bien sûr : la maladie de la mort. Et des absences. Mais l’auteur sait trouver des obliques. Résumons : ce livre pourrait certainement avoir sa place au rayon libraire des supermarchés car l’auteur sait, en habile scripteur, séduire.

Affections et affectations douloureuses se mixent. Elles tournent dans le ciel nuageux du livre en haut de son échelle penchée. Tout reste grave – mais pas trop. Bref, l’ensemble est sinon juste du moins équitable, et tout compte fait pas trop souffreteux surtout lorsque sonnent des moments de récréation, d’un hôpital à une maison, chaude comme un abri dont la masse invisible d’une tempête troue, déchire, arrache toits et branches fracturées.
La femme séparée sourit à l’homme qui dort. Leur cercle forme une margelle et dans un autre corps une source se mêle à l’eau des amours premières – et qu’importe si des volets claquent et que suffoque, sous la pluie, le reste du monde.

jean-paul gavard-perret

Martino Gozzi, Le chant de la pluie, traduit de l’italien par Vincent Raynaud, Quai Voltaire – La table ronde, Paris, 224 p. – 22,00 €.

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