Maria Grund, Prédateurs de la nuit
Quand une nouvelle recrue…
Joren, seize ans, a trouvé refuge chez Camilla, dans un motel. Quand celle-ci reçoit Jimmy ou d’autres mecs, elle sent bien qu’il voudrait qu’elle s’y mette également. Il arrive furieux parce que Camilla aurait téléphoné à la police pour raconter un truc sur l’assassinat de Palme. Il l’étrangle, comme il tente de le faire sur Joren qui veut la défendre.
Sanna Berling, nouvelle recrue de la police d’Oskarshamn, est bizutée et reléguée aux corvées. C’est parce que la police, avec l’assassinat du Premier ministre, est totalement mobilisée, qu’elle se retrouve chargée de ramener Joren chez elle, à Augu. Le commissaire lui confie le dossier relatif à sa sœur aînée, retrouvée découpée dans deux valises, il y a deux ans.
C’est le lendemain, à son réveil à Augu, qu’elle découvre qu’une autre adolescente a disparu. Elle comprend immédiatement que l’enquête précédente a été bâclée et qu’il lui faut…
Maria Grund installe son nouveau récit autour d’adolescentes et d’une policière fraîchement diplômée, donnant une belle place à la jeunesse. Elle retient le moment où fin février 1986, Olaf Palme, le Premier ministre suédois est assassiné en pleine rue. Il était allé au cinéma avec son épouse. Il en sortait pour se rendre chez lui, sans aucune escorte, sans aucun gorille, pas le moindre garde du corps. Quel dommage que les politiques français ne prennent pas exemple sur ce mode de vie plutôt que de mobiliser des policiers pour rien !
C’est alors le récit d’une enquête menée par une nouvelle recrue animée d’une forte détermination. Son inexpérience est compensée par une volonté farouche d’aboutir, non pour se valoriser, mais pour que justice soit faite et que d’autres adolescentes ne meurent.
La romancière va amener Sanna à déterrer des fantômes, à repérer des incohérences dans l’enquête sur le meurtre de la sœur aînée de Joren, bien que le témoignage de cette dernière soit fragile. La nouvelle disparition réanime des craintes anciennes parmi la population du village. La jeune policière va se confronter à un réseau de secrets, de non-dits, de mensonges.
Prédateurs de la nuit se révèle comme un thriller psychologique à l’intrigue montée de façon redoutable. Maria Grund sait créer un climat oppressant sans jamais tomber dans l’exagération avec une Sanna qui gagne en épaisseur à chaque chapitre. Elle expose la mémoire collective, la violence enfouie et les zones d’ombre de chacun dans un récit passionnant au possible.
serge perraud
Maria Grund, Prédateurs de la nuit (Nattflygaren), traduit du suédois par Cecilia Klintebäck, Robert Laffont, coll. La Bête Noire, janvier 2026, 384 p. – 21,90 €.