Maria Desmée, Paris, New York, Cleveland
Artiste et poète, Maria Desmée offre des voyages particuliers. Ses mots rehaussés de ses peintures créent un univers particulier où le déplacement n’est pas celui qu’on croit. L’apparent éloignement fait le jeu d’une proximité. Elle est particulière : « De ce qui nous habite / nous ne savons que peu ». Et à sa manière, telle une dame de cœur, la créatrice tente la carte de ce territoire.
La beauté sans concession de ses images offre le contrepoint à un chant d’appel ou de connaissance. Il évoque des pointe de passage sans enrobage exotique que le titre pourrait laisser penser. Il est vrai que Cleveland n’est pas à proprement parler le vecteur efficient pour une telle propension.
Maria Desmée reste toujours lucide et ne se berce pas d’un lyrisme intempestif qui ferait prendre l’ivresse pour vérité, le signe pour un rêve. Restent ici des césures majeures en des « points de passage » d’un texte audacieux scellé – peut-être – d’un sourire énigmatique à peine ébauché.
Existe un travail en « repons » dévoilant la profondeur du contact par le diaphane. Mots noirs, peau blanche. Voix nue. Mais aussi un parcours que l’oeil suit. Un parcours qui déborde et fait repli par ce que la créatrice offre comme emprise au moment où ses mots ont l’aptitude à dire sinon l’impossible du moins l’insaisissable, à provoquer l’émotion qui par pudeur demeure largement retenue.
Poème et peinture créent un retour sans l’aller entre des points. Demeurent un fond, un bruit, un fluide, un flux. La peinture devient lumière et non éclairage, fidèle au trajet du poème qui mêle l’oxygène de l’écriture à l’azote de sa trace.
Jaillissent l’ellipse et l’énoncé. La nécessité du secret. L’impératif de la parole. La partition troublante du grave et de l’aigu. Le seuil de l’écriture. La peinture en perturbe la matière, la trouble afin que le lecteur soit dans l’impossibilité de ne plus vouloir voir ou comprendre. C’est la contrainte d’un itinéraire que certains prendront pour la diagonale du fou.
jean-paul gavard-perret
Desmée Maria : Paris, New York, Cleveland, Editions Henry, Montreuil sur Mer, collection La Main aux Poètes, 2017.