Marcel Miracle, Petit manuel de Minéralogie Prophétique

Marcel Miracle, Petit manuel de Minéralogie Prophétique

Pas de pitié pour les taupes !

Marcel Miracle se méfie des mystificateurs de l’absolu qui prennent les lecteurs dans les filets du lyrisme. Face à eux il cultive sa fausse paresse. Si bien que son indignation demeure toujours présente mais discrète. Et son ironie fait le reste. Au besoin elle forge le faux mais jamais afin d’exalter l’artifice. Pour lui la littérature et le dessin restent l’erreur essentielle qui pour autant ne justifie pas de tout. Mais l’un et l’autre permetteent d’inventer une liberté afin de garantir des moments parfaitement inutiles. Miracle pervient à nous convaincre que la vie vaut d’être vécue moins dans les débuts de moissons dans le Valais que dans les débits de boissons de Lausanne.

Sans y toucher, il transgresse tout édit de chasteté. Il fait dilater paysages et personnages que généralement l’art  prend trop au sérieux. Son dessin est donc une mine dont il faut suivre la veine essentielle. Sa poésie une plaisanterie qu’en bûcheron des forêts romandes l’artiste débusque de derrière les fagots. Il ne cesse donc d’accorder à l’art les derniers outrages mais tout en douceur et drôlerie – elles suscitent une irrésistible attirance. Face aux Kandinskieurs, Marcel Miracle invente des pentes ignorées des repères cartographiques. Les formes giclent de manière apparemment irrationnelle pour prendre jusqu’à notre inconscient au dépourvu.

L’artiste rappelle à bon escient que la vie n’est pas qu’un leurre et que  la mort n’est pas un Shakespeare. Nous pouvons enfin entrer dans le non stratifié à la jonction de divers mouvements iconoclastes. A l’énonçable se mêle un visible et vice-versa. Comme le texte se mêle au dessin. L’art devient par excellence le lieu de la mutation farcesque. Les questions qu’il pose sont les questions de la composante  humaine ouverte vers l’avenir mais bouclée aussi par son passé. Nos forces et nos faiblesses cohabitent là où le créateur propose des figures de sable sous forme de roc, et des rocs sous forme de stuc.

L’ironie et la dérision mettent à mal le snobisme des formes. Elles ovulent en vignettes. Le corps sort de ses abris, la géographique chaosmique se déploie.  Il se présente sous multiples avatars. Marcel Miracle fait passer du fleuve du songe aux affluents du réel.  Et une fois de plus il s’interroge pour savoir ce qui reste lorsque le marchand d’âge est passé et que, par voie de conséquence, l’enfance a perdu son visage.  Certes l’artiste-écrivain ne se fait aucune illusion :  l’art passionne si peu les hommes qu’ils n’en finissent pas de s’inventer d’autres activités, écrit-il.  Mais son rat d’eau méduse et nous y  découvrons  un manteau de vision.  En nous rendant taupes-less face à nos certitudes l’artiste fait de nous des voyants provisoires mais voyants tout de même. Et en avant doute.

jean-paul gavard-perret

 Marcel Miracle, Petit manuel de Minéralogie Prophétique , Editions art&fiction, Lausanne, 2012.

 

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