Maïté Bernard, Et toujours en été

Maïté Bernard, Et toujours en été

Un roman subtil où l’auteur réussit à mêler avec talent un ton léger et l’évocation d’événements historiques douloureux

Ilona se raconte dans son journal intime. Elle y évoque, telle une Bridget Jones parisienne, sa vie amoureuse, ses amis, son job, ses problèmes évoqués avec son psy, ses cours de yoga… Elle aime aller au cinéma voir des films d’Hou Hsiao Hsien mais aussi des succès hollywoodiens ; elle parle de sexe, « pour de vrai ».

Et Toujours en été n’est pas pour autant une bluette pour lectrices citadines entre 20 et 30 ans. Ironiquement, c’est un peu à l’image de la chanson faussement idyllique de Nino Ferrer, « Le Sud », dont le titre du roman reprend quelques paroles. Comme dans cette ballade sentimentale, Ilona se met à évoquer des événements graves, pas moins que le destin et l’Histoire, qui viennent troubler la beauté d’un paysage ensoleillé et paisible.

Les pages de son journal intime sont une véritable détente, écrites dans un style inventif et décomplexé, parfois proche de notes de blog. Mais celles-ci s’intercalent avec le récit de la fuite de son père. Argentin, il est recherché par la police de son pays d’origine pour un crime qu’il aurait commis pendant la dictature de Videla. Ilona, son père et sa sœur Malena cherchent donc à se rendre à Toulouse, pour que là-bas « quelqu’un » aide son père à s’exiler. Chaque chapitre porte des noms de villes méditerranéennes, scandant ainsi une à une les étapes de ce voyage particulier dans le Sud, le long du canal du Midi. Cette escapade improvisée, à bicyclette, a des airs de vacances : les paysages traversés sont rapidement décrits mais avec finesse – et Ilona et sa sœur plaisantent beaucoup.

Malgré tout, le rire et la gaité ne sont que des masques pour se prémunir d’une violente angoisse : que va-t-il se passer pour leur père ? L’heure est grave et rappelle des souvenirs douloureux, que l’on a pris l’habitude de taire dans la famille : la révolution, la torture, la mort de leur mère, l’exil. Ces mots sont même devenus imprononçables. L’histoire se répète en quelque sorte, puisque le père doit fuir à nouveau, la France cette fois. C’est cette répétition qui révèlera les non-dits. Comment réagira Ilona qui doit combiner ce passé et sa propre vie de femme ? Confrontation entre sa dépendance à une histoire familiale qui la possède et la dépasse et sa liberté en marche…

Le roman se construit progressivement, alternant récit de la fuite, qui ne dure que quatre jours, et pages du journal intime, dont l’écriture s’étale, quant à elle, sur de nombreuses années. À la légèreté de certains propos se mêle la dureté du récit des épisodes passées et des thèmes fondamentalement tragiques : la liberté, l’exil, la quête d’identité. La réussite de ce roman tient sans doute à ce mélange brillamment opéré par Maïté Bernard qui passe du ton léger, très « fille », au récit quasi documentaire sur une réalité historique. En un mot, c’est un roman subtil.

m. piton

   
 

Maïté Bernard, Et toujours en été, éditions Le Passage, août 2007, 258 p. – 16,00 €.

 
     
 

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