Madelaine Chapsal, Mari et femme
Une histoire d’amour qui commence par un enterrement, voilà qui n’est pas banal. C’est que Madeleine Chapsal a un parcours qui est tout sauf banal – mariée avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, elle participe à la fondation de l’Express avec lui, avant d’en être exclue ; membre du jury du prix Femina, elle en est ensuite bannie à cause de ses prises de positions sur les modalités d’attribution des prix littéraires. Bref, dans ce roman, l’histoire de Julien – le défunt – et Albane, celle qui reste, commence par la fin, la séparation ultime. Ce déchirement déclenche chez Albane une série de souvenirs. Leur rencontre (« Il est rare qu’on oublie la première fois où l’on a posé son regard sur celui qui va bouleverser votre vie » p. 9), leur amour fusionnel (« Ma vie commence avec toi, j’ai oublié le passé ! » p. 31), la grossesse inattendue (« Quand l’événement survint, il leur sembla, sur l’instant, qu’ils n’y étaient pour rien, sans doute parce qu’ils n’avaient pas eu le temps de le désirer » p. 45), la séparation, les regrets (« Mais, aujourd’hui, peu lui importe tout le reste, elle ne regrette que Julien » p. 130) et les retrouvailles (« … au bout d’un quart d’heure, nous nous tenions la main sous la table, et plus rien au monde ne comptait pour nous qu’être ensemble ! » p. 195).
Madeleine Chapsal a le don d’aligner les truismes (« Rien n’est pire que de se sentir seul quand on est deux » p. 75). Mais elle le fait à bon escient. À chaque fois, dans le roman, que l’on se dit qu’elle joue un peu trop sur la corde sensible, qu’elle décrit des situations dans lesquelles forcément l’une ou l’autre de ses lectrices – car elle a surtout des lectrices, apparemment – se reconnaîtra, on ne peut pour autant lui en vouloir. Car il n’empêche qu’elle sait, à travers l’histoire particulière de ses deux amoureux, faire partager une foule de moments, de sentiments, de réflexions, de situations qui, s’ils peuvent paraître banals ou faciles de prime abord, n’en demeurent pas moins bien observés et agréablement écrits.
agathe de lastyns
Madelaine Chapsal, Mari et femme, Fayard, novembre 2012, 240 p. – 17,00 €
