L’opulence des égaux
Selon l’histoire des images, le selfie est l’hériter d’une photographie américaine qui se caractérise par un goût pour le journalier et le spontané. A l’heure des médias sociaux, il devient un moyen de communication et d’auto-promotion. Cette pratique tout autant narcissique qu’altruiste reste aussi laide qu’esthétique, intime et collective jusqu’à traiter de facto un portrait multiple de notre temps.
Certes, le selfie témoigne d’une mise en ligne constante de soi qui aboutit à vivre conjointement dans l’espace physique et dans l’espace numérique. Chacun devient un « monstre » doté de plusieurs têtes, de plusieurs identités qui voyage du voyeurisme jusqu’à parfois l’insulte.
Le selfie est donc un plaisir, un lieu de prédilection passant au-delà de la « cacaphobie » complaisante. Chacun est fier, imaginant qui il est parcouru par le temps. C’est pour soi son carrosse où il voyage vers nulle part puisqu’il traverse toujours la même image en débris et sous divers horizons.
Toutefois, il n’est pas facile par ce biais de s’aimer et de se connaître soi-même. Un « loup » de l’incertitude hurle dans de tels espoirs. Brillant de ses feux, le selfie fait un trou dans la tête. S’auto-embrasser devient une arme fatale dans le champ médiatique eu égard aux joies débridées ou aux miasmes de nonchalance dans l’opulente masturbation iconique.
Sans le savoir, chacun s’éloigne de son image, quitte à se gaver de lui-même. Se selfier semble espérer du ciel une fuite, un jaillissement, une claque de l’éternité. Mais gardons-nous de narguer en un juste retour des choses. Protégeons-nous de notre infection. Dispersons notre tulipe car l’image se moque de nous.
Ignorons-la et finissons notre vaisselle. Faisons l’affront à nous même en oubliant notre superbe en un auto-accouplement. Cherchons un peu de clarté et de vérité. Il ne convient plus de parier sur un phasme de notre visage mais sur nous. Retrouvons la paix que nous nous refusons. Se battre pour un rectangle doit passer notre frontière. Après, ce sera l’inconnu car l’humanité est à refaire. Jusque là, le monde a créé son horizon de nos artifices.
jean-paul gavard-perret
Photo : Barbara Beema

One thought on “L’opulence des égaux”
Visiblement le » le spontané » n’est pas la tasse de café pour JPGP phobique du selfie et adepte de vérité . Il a raison ! Mais que penser de l’intimité du FB journalier ?