Lewis Trondheim, Les aventures de Lapinot – t.17: « Le chapeau maudit »
Un retour mieux que réussi
Lapinot, le personnage principal est, comme on peut sen douter, un lapin. Il est entouré d’une bande d’amis, Richard, Pierrot, Titi, Nadia…
Le premier album, Lapinot et les carottes de Patagonie, paraît en 1992 chez l’Association. Il s’agit d’un volume de 500 planches en noir et blanc, chacune composée de 12 vignettes – 4 lignes de 3. Il a été écrit en improvisant au fur et à mesure, un défi littéraire et graphique car l’auteur dessinait directement au feutre. Ce sont ses amis qui l’ont convaincu de le publier. Mais Lapinot va évoluer au fur et à mesure pour devenir ce personnage possédant un bel art de la conversation, alors que son ami use de formules acérées et pratique un humour acide.
Lapinot et Richard sont en route pour rejoindre leurs amis et assister à une éclipse dans les ruines d’un château. Richard évoque l’installation des humains sur la Lune, sur Mars, sur Europe, alors que Lapinot explique que c’est impossible à cause de l’ADN. D’autres ont eu la même idée et ils croisent des amateurs de jeux de rôle, des bikers, des Arabes, des Juifs. Soudain, l’un des joueurs, coiffé d’un énorme chapeau, les retrouve et raconte, effaré, que ses prédictions idiotes se sont réalisées et que ses copains sont morts.
Mais quand Richard s’empare du chapeau, force et de constater que l’individu à raison. Richard doit mesurer ses paroles. Or, c’est pour lui une chose malaisée…
Lewis Trondheim installe son héros dans des situations impossibles et, ici, le confronte à un individu venu du passé. Celui-ci veut conquérir la planète à l’aide d’un chapeau magique qui exauce les vœux négatifs. Avec son couple de héros, l’auteur met en scène deux facette humaines bien répandues. Si Lapinot est bienveillant, moralisateur, Richard est sans filtre et veut toujours s’amuser.
L’auteur démonte quelques archétypes répandus dans le monde politique et populiste. Il installe, par exemple, des groupes sociaux qui, selon les dires, seraient antagoniques pour en faire des amis qui s’entendent fort bien. Il fait de son héros un wokiste, un humaniste, montrant que c’est une position difficile à tenir dans ce monde où l’individualisme est de mise.
Le graphisme est toujours aussi efficace malgré son apparente simplicité. Mais Trondheim sait faire identifier ses protagonistes et construire des décors qui attirent l’attention. La mise en couleurs est l’œuvre de Brigitte Findakly qui fait vivre les différentes ambiances du scénario.
Cet album marque le retour de Lapinot chez Dargaud où avaient paru dix albums entre 1995 et 2004. C’est un plaisir de retrouver ce personnage attachant dans ses aventures rocambolesques.
serge perraud
Lewis Trondheim, Les aventures de Lapinot – t.17 : Le chapeau maudit, Dargaud, août 2025, 48 p. – 13,95€.