L’Esthétique de la résistance (Peter Weiss / Sylvain Creuzevault)
L’art pour résister
© Jean-Louis Fernandez
Tandis qu’on entend un Lied à la gloire du régime (lequel ?), le regard semble se perdre sur les tranches de livres projetées en grand format sur le rideau. Un discours sur l’art se déploie dans l’horizon du nazisme. Il est question de l’interprétation marxiste d’un bas-relief antique ; il s’agit de savoir comment l’art peut lutter contre l’autoritarisme, l’obscurantisme et le fascisme, avec des moyens qui paraissent bien statiques. C’est cette intention qui anime l’œuvre de Peter Weiss : comment l’éducation peut-elle devenir une lutte contre la domination ? Il s’agit toujours de remettre en question la valeur de la lutte artistique contre l’efficacité politique. Le spectacle comme le livre constituent la mise en abyme de ce questionnement.
La scène se déplace en Espagne, à l’arrière du front des brigades internationales ; les voies de la lutte, notamment sa hiérarchisation, sa subordination au régime soviétique sont interrogées. En France, on est emmené dans un cabaret ; au lieu de lutter, on chante ; on s’oppose et on spécule. On est plongé par une rencontre dans le contexte de la première guerre mondiale, avant d’aller en Suède, où le narrateur retrouve ses parents rescapés de la guerre.
La succession des scènes mêle situations historiques, lectures d’œuvres d’art, confrontations intellectuelles. Les discussions théoriques qui constituent le propos aride de Peter Weiss sont agrémentées par des expressions familières, du slam, des invectives du public, des répliques d’autodérision, de petites chorégraphies.
Le propos est dynamique, incontestablement maîtrisé. Il reste pondéré, nourri par une ambition intellectuelle que la scénographie s’efforce de transcrire avec une réussite inégale selon les tableaux. Car le monument littéraire que constitue L’esthétique de la résistance reste massif et en partie impénétrable.
christophe giolito
L’Esthétique de la résistance
d’après le roman de Peter Weiss
adaptation et mise en scène Sylvain Creuzevault
avec Juliette Bialek, Yanis Bouferrache, Gabriel Dahmani, Valérie Dréville, Vladislav Galard, Pierre-Félix Gravière, Arthur Igual, Charlotte Issaly, Simon Kretchkoff, Frédéric Noaille, Vincent Pacaud, Naïsha Randrianasolo, Lucie Rouxel, Thomas Stachorsky, Manon Xardel.
Scénographie et accessoires Loïse Beauseigneur, Valentine Lê ; costumes et maquillage Jeanne Daniel-Nguyen, Sarah Barzic ; maquillage et perruques Mityl Brimeur ;
création et régie lumière Charlotte Moussié en complicité avec Vyara Stefanova ; régie plateau et machinerie Léa Bonhomme ; création et régie vidéo Simon Anquetil ; régie générale Arthur Mandô ; assistanat à la mise en scène Ivan Marquez ; dramaturgie Julien Vella ; création musique originale et régie son Loïc Waridel ; création musiques originales Pierre-Yves Macé.
Au théâtre de l’Odéon Place de l’Odéon, 75006 Paris, du 1er au 16 mars 2025, durée 4h, du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 15h, relâches les lundis (2 entractes compris : 1h05 / entracte / 1h / entracte / 1h15).
Location https://www.theatre-odeon.eu/fr/saison-2024-2025/spectacles-2024-2025/l-esthetique-de-la-resistance-24-25 ou 01 44 85 40 40.
Production Théâtre national de Strasbourg ; coproduction et production déléguée Le Singe, avec la participation artistique du Jeune théâtre national. La compagnie Le Singe est conventionnée par la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France – ministère de la culture. Peter Weiss est représenté par L’Arche, agence théâtrale.
L’Esthétique de la résistance de Peter Weiss, traduit de l’allemand par Éliane Kaufholz-Messmer, éditions Klincksieck, 2017.