Les parents de Mélie
La descente aux enfers d’une enfant haïe par sa mère
Sous ce titre en apparence très neutre, deux récits à la première personne se répondent.Dans le premier intitulé Mal à ma mère, le lecteur plonge dans l’enfance de Mélie, petite fille mal aimée, maltraitée. Pas de sévices corporels, non, mais des humiliations incessantes (on offre un violon mais pas l’archet), aucun geste affectueux, des critiques permanentes devant la famille qui ne dit mot et un père qui ne cesse de fuir le dragon qui lui sert d’épouse. À l’extérieur ou devant les amis elle est une mère et une épouse parfaites. Corinne Albaut la compare très justement à la marâtre de Blanche-Neige, prête à tuer celle qui risque un jour de prendre la première place. Mélie éprouve un amour débordant pour cette mère qu’elle admire (c’est une fée, parfois rose, souvent noire) et ne sait que faire pour lui plaire. On suit ainsi pendant dix ans la descente aux enfers de la fillette terrorisée que personne n’écoute, malgré des troubles de plus en plus visibles et des difficultés scolaires grandissantes.
Le second récit, Paix à mon père, nous montre Mélie étudiante à Paris. Un appel de sa mère lui apprend que son père s’est suicidé et elle doit retourner sur les lieux de son enfance. Après plusieurs années de psychothérapie, Mélie sait maintenant tenir tête à « la tyrane ». Elle décide de veiller le corps de ce père presque inexistant dans la première partie et dévide l’écheveau des souvenirs. Pourquoi cet homme aimant n’a-t-il pas su la défendre contre le monstre qui sévissait sous son toit ?
Toute la haine qu’elle ne pouvait plus distiller à sa fille s’était trouvée déversée sur son pauvre mari. Il la lui fallait, cette haine, pour alimenter son moteur. Elle ne se sentait vivre que dans cet état de guerre où, en crachant son venin sur l’autre, elle évitait de s’empoisonner elle-même.
La tonalité des deux textes est différente. Le premier est bouleversant et nous ressentons viscéralement la souffrance de Mélie. Révoltés, impuissants, nous maudissons tous ces adultes lâches ou aveugles tandis que dans le texte suivant le regard de Mélie est plus froid, distancié, et nous comprenons le chemin parcouru même si aucune réponse n’est donnée. Personne n’est accusé, ni excusé d’ailleurs.
Un livre foudroyant qui ne peut laisser personne indifférent.
patricia chatel
Corinne Albaut, Les parents de Mélie, Syros coll. « Les uns les autres », août 2008, 176 p. – 10 €.
A partir de 13 ans.