Yves Sente & André Juillard, Les aventures de Blake et Mortimer, t. 23 : « Le Bâton de Plutarque »
L’intrigue de cet album commence à la fin de la Seconde Guerre mondiale et se termine quelques minutes avant le début du célébrissime Secret de l’Espadon, imaginé et mis en images, avec le talent que l’on connaît, par Jacobs. C’est lors d’un séjour de repérage à Londres qu’Yves Sente a eu l’idée de cette histoire, en passant devant ce qui fut le cabinet de guerre souterrain de Winston Churchill et en visitant la Station X où fonctionnait la fameuse machine Enigma pour décrypter les messages chiffrés de l’armée allemande. Ces situations se situant avant celles du premier album de Jacobs, le scénariste a saisi l’occasion d’imaginer ce préquel qui se déroule à la fin de la seconde guerre mondiale et ouvre sur la troisième déclenchée par le dictateur Basam-Damdu.
Il est toujours amusant de pointer les coïncidences : tandis qu’Yves Sente intègre ici les efforts fait par les services britanniques pour casser les codes générés par la machine Enigma, sur les écrans sort, à quelques semaines près, Imitation Game un biopic relatif à Alan Turing, ce mathématicien qui fut le principal artisan de cet exploit.
Au printemps 1944, le capitaine Francis Blake, squadron leader de la Royal Navy, se trouve sur le porte-avion The Intrepid. La perspective d’un débarquement allié galvanise les troupes. Pendant ce temps, à Berlin, un avion révolutionnaire décolle pour détruire le Parlement de Londres. Lorsque les radars détectent la menace, aucun appareil ne peut arriver à temps pour le combattre. Blake propose d’utiliser le Golden Rocket, un prototype à réaction en cours d’essai. Il rejoint l’ennemi avant qu’il ne puisse commencer sa destruction. Le combat est rude. L’appareil de Blake est touché. Une escadrille, arrivée entretemps, ne peut lutter. Avant de perdre complètement le contrôle de son avion, Francis le lance sur l’ennemi et saute en parachute. Bêtement, un des hommes qui suivait le combat depuis le pont de Westminster est tué par la chute d’une roue. Celui-ci devait assurer une mission urgente. Francis Blake, qui a déjà travaillé pour les Services Secrets, accepte alors de prendre sa place. Il doit, ni plus ni moins, faire gagner rapidement cette guerre et préparer les alliés à une troisième qui pourrait suivre sous peu avec l’Empire jaune de Basam-Damdu.
Dans la base secrète de Scaw-Fell, Blake rencontre le scientifique qui coordonne tous les travaux. Il s’agit de Philip Mortimer qu’il a connu lorsqu’ils étaient adolescents. Dans un climat où la suspicion et l’espionnage règnent en maîtres, le duo doit faire face à une belle panoplie de traîtres avant de…
Le ton et l’atmosphère donnés par le créateur de la série sont respectés presque à la lettre, jusque dans ces jurons que l’on prête aux Anglo-Saxons. Yves Sente, dans cet album, apporte nombre de réponses à des questions que l’on était en droit de se poser à la lecture du Secret de l’Espadon : d’où vient Olric et pourquoi connaît-il les héros, comment ceux-ci se sont-ils rencontrés… ? Pour faire le pendant avec les machines Enigma, qui étaient les plus sophistiquées à l’époque dans le genre, le scénariste introduit un des plus vieux codes, celui de la Scytale, dont Plutarque raconte l’utilisation par un général de Sparte au 5e siècle avant J.-C.
André Juillard, comme à son habitude, réalise un dessin d’une grande beauté. Il se sert habilement de la documentation de l’époque pour recréer une réalité tangible. Il fait, ainsi, ressentir l’atmosphère qui régnait, la tension palpable quand les attaques se succédaient et que les décisions à prendre étaient lourdes de conséquences. Ses décors sont remarquables, ainsi que les combats aériens. Ses personnages, un peu figés, respectent l’esprit de leur créateur.
Avec Le Bâton de Plutarque, les auteurs réalisent un album de grande qualité, une BD de classe bien supérieure à la moyenne. L’histoire est passionnante et le graphisme particulièrement réussi.
serge perraud
Yves Sente (scénario), André Juillard (dessin) Etienne Schréder (encrage des décors), Madeleine Demille (couleur), Les aventures de Blake et Mortimer, t. 23 : « Le Bâton de Plutarque« , Dargaud, décembre 2014, 64 p. – 15, 95 €.
