Le Squat résiste / Un père prodigue / Wiggins et Sherlock contre Napoléon / Lambada pour l’enfer
De belles histoires policières et noires pour enfants aux éditions Syros, qui continuent d’agréablement nous surprendre
Voici une procession de souris noires accompagnées d’un gros rat de la même couleur. Si les premières attirent les enfants de 10, 11 ans et plus, le rat, lui, se perche plus facilement sur des épaules plus fermes d’adolescents de 14 ans.
Franck Pavloff, Le Squat résiste
« Si Javer su, Javer pas venu », voici ce qu’en substance aurait dû se dire le commissaire Javer avant d’arrêter la mère Noëlle pour vol de barres chocolatées. Car, à partir de ce moment, les événements vont totalement lui échapper. Noëlle, c’est une femme gironde qui attire les hommes comme les mouches. Seulement, ces derniers fuient dès qu’elle est enceinte. Ce qui fait le charme de sa smala, celle de la famille Causette emmenée par la plus grande, Lalie, une de celles qui contemplent haut perchées les étoiles, c’est son exotisme. Tout ce beau monde squatte une ancienne fabrique et se nourrit de Nutella. Quand les policiers se mettent en tête de déloger les enfants, la résistance s’organise. Noëlle, qui a fait croire à l’existence d’un véritable arsenal dans un débarras, fait plus que contribuer à la panique qui prend les forces de l’ordre. Car la joyeuse bande joue avec des pétards et se prépare à un long siège. Le commissaire Javer et le Préfet, qui se voient déjà promus après une opération d’envergure réussie, font alors appel au GIGN dans un remake de David contre Goliath.
Franck Pavloff, auteur né en Bulgarie, s’amuse dans cette merveilleuse farce chocolatée, ou, plutôt, nous colle son fameux poisson d’avril au chocolat dont il a le secret, mais qui fout quand même un peu la gerbe. Ces gosses, qui sont marginalisés et qui tombent sous les feux de la rampe, s’aperçoivent d’un coup que les habitants et les enfants du quartier sont prêts à les aimer. La résistance, qui aboutira à un relogement, est aussi l’occasion pour Lalie d’aller au bout de ses rêves et, peut-être même, pour la généreuse mère Noëlle à la diététique plus que douteuse, de trouver enfin l’homme qui ne la laissera pas toute seule avec sa marmaille.
Laurent Martin, Un père prodigue
Alice a 14 ans. Elle vit avec ses deux grandes sœurs depuis que sa mère est morte d’un cancer. Et puis, il y a sa grand-mère qui n’habite pas très loin. Son père ? Elle lui rend visite depuis toute petite, au parloir de la prison. Il s’est fait arrêter après le casse réussi d’une bijouterie. Et comme tout bon gars du milieu, il n’a dénoncé personne et a casqué pour tout le monde. Comme il s’est bien comporté en détention, c’est maintenant l’heure de la délivrance anticipée. En compagnie de son avocat. Le retour à la liberté et au domicile familial est difficile. Bientôt, des individus peu recommandables se bousculent à la porte. Des coups de fil intempestifs résonnent dans la maison, et le père d’Alice s’absente pour rentrer de plus en plus tard avant de disparaître soudainement. Alice et son amoureux, Nicolas, partent à sa recherche en scooter. Les vieilles histoires finissent toujours par remonter. Et pour la police, son père ne peut pas revenir sur un chemin honorable. Alors, il ne reste plus qu’une seule personne qui peut les aider : l’avocat. Car Alice ne veut pas reperdre son papa.
Laurent Martin a commencé à bourlinguer dès sa naissance à Djibouti et à toucher à tous les métiers un peu plus tard. Du métier de libraire à celui d’archéologue. D’où son attachement aux livres et son envie d’ensevelir de vieux démons pour mieux les retrouver et les dépoussiérer au pinceau. Avec Un père prodigue, il nous plonge dans ce monde empreint d’un honneur tout particulier qu’est celui des gangsters tout en s’arrêtant longuement sur les relations père/fille et la difficulté évidente que l’on a, à l’école, à marquer sur sa petite fiche de début d’année la profession du père. Et puis, on peut avoir été voleur et être gentil et avoir vraiment envie de reconstruire une vie qui n’a épargné personne.
Béatrice Nicodème,
Wiggins et Sherlock contre Napoléon
Napoléon, c’est le professeur Moriarty, le pire adversaire qu’a eu à affronter Sherlock Holmes et qui n’apparaît que dans une seule nouvelle, Le Dernier problème. Et c’est Conan Doyle qui le surnomme ainsi :
C’est le Napoléon du crime, Watson. Il est derrière la moitié des forfaits et la plupart de ceux passés inaperçus commis dans cette grande cité. C’est un génie, un philosophe, une pensée abstraite.
Dans cette nouvelle aventure de l’irrégulier Wiggins cher à Béatrice Nicodème, Sherlock Holmes marche sur des charbons ardents.
Londres est envahi par les anarchistes. Wiggins troque ses vêtements de miséreux contre une tenue de gentleman pour mieux suivre Robert Petticoat, un jeune noble dilettante, à travers les bas-quartiers de la ville. Et Wiggins va rencontrer Allan, un Irlandais pickpocket avec qui il va faire équipe. Ils ne seront pas trop de deux, d’autant que Sherlock est injoignable ou, quand on le retrouve, c’est la tête enrubannée d’un pansement ensanglanté. Une fois n’est pas coutume, Wiggins se montre plus ingénieux que son maître-détective. Mais il ne faut pas trop se monter la tête. À Londres, la neige pointe le bout de son nez. Les empreintes de pas sont sujettes à bien des interprétations et, à la National Gallery, un tableau a disparu. Tableau devant lequel s’était arrêté Robert Petticoat…
Hector Hugo, Lambada pour l’enfer
Dans les rues de Medellin, les sicarios, des bandes armées de couteaux, font la loi. Du moins en apparence. Car la ville est sous la coupe de Pablo Escobar et d’un de ses lieutenants, le criminel El Chileno. Rafaele a 12 ans et il a déjà vécu des événements que bien des vieillards, sur leur lit de mort, n’ont pas vécus. La nuit, on se réfugie sous des cartons pour mieux rêver de sa mère et de sa sœur de 8 ans. Le retour à la réalité est tout autre. La mère de Rafaele vient de mourir. Sa sœur est entre les griffes des narcotrafiquants. Et puis, il y a la rencontre avec Jaime, un sicario, qui se prend d’affection pour le petit garçon et son fichu caractère. Ce grand frère loge dans la communauté du Padre Camilo. Il se rebelle contre El Chileno, signant ainsi son arrêt de mort. Rafaele qui vient de perdre sa maman, sa sœur et ce frère qu’il aurait aimé avoir n’a plus que le mot « vengeance » à la bouche va lentement peaufiner un plan pour avoir la peau d’El Chileno et sauver Cecilia, sa sœur.
Lambada pour l’enfer a déjà été hautement primé. Il a reçu le « Prix Été du livre de Metz » en 1993 et le « Livre d’or » des jeunes lecteurs de Valenciennes, l’année suivante. Sa réédition dans la collection « Rat noir » est donc amplement méritée. Hector Hugo nous plonge dans les bidonvilles de Medellin et, au côté de Rafaele et de sa gallada, sa bande, à la recherche du moindre peso et des touristes à détrousser. Ici, règne la loi de la jungle. C’est la guerre civile. Une vie humaine ne coûte rien. Ou presque. Et pourtant, sous l’écriture d’Hector Hugo, on aperçoit tout ce que cette ville a de beau et de poétique. On tremble quand on accompagne Rafaele sur sa mobylette, à chaque barrage militaire, et on assiste impuissant à sa destinée. Celle qu’il s’est choisie. À 12 ans, Rafaele est un de ces hommes dont on écrit des épopées. C’est un héros, un martyr que les autres chanteront.
franck boussard
Franck Pavloff, Le Squat résiste, Syros coll. « Souris noire », octobre 2006, 134 p. – 5,90 €.
Laurent Martin, Un père prodigue, Syros coll. « Souris noire », octobre 2006, 170 p. – 5,90 €.
Béatrice Nicodème, Wiggins et Sherlock contre Napoléon, Syros coll. « Souris noire », janvier 2007, 206 p. – 5,90 €.
Hector Hugo, Lambada pour l’enfer, Syros coll. « Rat noir », août 2006, 88 p. – 8,00 €.