Le plus grand architecte de notre époque : entretien avec Mario Botta
Mario Botta s’érige en faux contre les architectes qui se moquent de l’usage auquel toute construction doit répondre. Il ne se cache pas derrière des alibis « sculpturaux » dont la seule ambition est l’utopie conceptuelle et non la réalisation. Pour l’architecte suisse, construire une maison ce n’est pas construire un musée. D’autant, écrit-il, « que la vie est toujours plus forte que l’architecture : si une construction ne répond pas à sa fonction elle est vouée à la disparition ». C’est pourquoi, en fonction des régions, Botta passe de la brique à la pierre et n’est pas de ceux qui sacrifie à la mode des matières (le verre, l’acier par exemple).
Par ailleurs, le créateur préfère ancrer ses bâtiments plutôt que de les alléger : « si je veux faire quelque chose de léger, je fais un avion » dit-il. C’est pourquoi ses bâtiments, même s’ils s’insèrent parfaitement dans un lieu, le transforment. Non par souci de faire décor « sur » un décor préexistant, mais parce qu’il ne cesse d’interpréter les besoins et les valeurs d’une société tout en imposant les formes susceptibles de résister au nivellement de la mondialisation.
Botta refuse le diktat du repli utilitariste : « Si l’espace est donné par l’histoire et non par l’architecture, je cherche néanmoins des significations qui vont au-delà de la demande fonctionnelle». Pour lui, une ville américaine n’est pas une ville française. Et ses œuvres qu’il définit comme «précises et anonymes» restent toujours une poésie du lieu précis qu’elles investissent.
Le Musée d’art moderne de San Francisco, la rénovation du Théâtre de La Scala de Milan, l’Eglise Santo Volto de Turin, la médiathèque et le théâtre de Chambéry prouvent comment l’architecture tout en étant résolument contemporaine reste le reflet de l’histoire. Partant de la force du paysage, Botta y développe de solides éléments géométriques. Ils permettent de souligner l’aspect organique du lieu. Le tout avec une élégance rare. Intéressé par l’art sacré, l’architecte se plait à dire : « Si je le pouvais, je ferais seulement des églises et, de temps en temps, des chais ». On retrouve là son écho aux deux besoins de l’être : l’esprit et la chair. Mario Botta en devient l’architecte.
Entretien intempestif avec Mario Botta :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le travail que je dois accomplir.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Ils se sont tous réalisés.
A quoi avez-vous renoncé ?
A beaucoup de choses inutiles.
D’où venez-vous ?
De la campagne.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes et des autres architectes ?
Mes limites.
Quelle fut l’image première qui esthétiquement créa chez vous une émotion ?
Les églises romanes.
Où travaillez vous et comment ?
N’importe où.
Quel est le livre que vous aimez relire ?
Plusieurs, beaucoup que j’ai oubliés et que j’espère relire dans une nouvelle vie.
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez vous ?
Je ne me regarde jamais dans un miroir.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A beaucoup de personnes que j’estimais.
Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Giacometti parce qu’il est né dans un contexte proche du mien.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Quelques années de moins.
Que défendez-vous ?
La vie.
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Je la partage parce qu’on peut substituer au mot « Amour » le mot « Art ».
Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
C’est une situation que nous vivons de manière quotidienne.
Présentation, entretien intempestif avec Mario Botta et traduction par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com le 1er juillet 2013