L’art de la comédie (Eduardo De Filippo / Patrick Pineau)

L’art de la comédie (Eduardo De Filippo / Patrick Pineau)

 Le parti-pris de jouer la théâtralisation lui ôte tout effet

Il y a des bruits de klaxons dans une atmosphère industrielle. Le climat de latence initialement installé répond à une intention intellectualiste insistant sur le questionnement propre au texte. Le propos est présenté comme actuel, décontextualisé, afin d’insister sur sa dimension essentielle, voire métaphysique, qui comporte un questionnement sur la réalité, une mise en abyme à partir d’une interrogation suscitée sur l’action et la compréhension du pouvoir.
L’argument donne en effet occasion à un préfet de nourrir des doutes sur la qualité de ses interlocuteurs, qui pourraient n’être que des comédiens habilement grimés contrefaisant avec ironie leur identité. La trame de la pièce pourrait l’inscrire dans la filiation de Pirandello, si le spectateur était comme le responsable public susceptible de méconnaître la supercherie.

Las, très vite, le parti-pris de jouer la théâtralisation lui ôte tout effet. On assiste alors à une suite de numéros risquant toujours d’apparaître surjoués. Le climat léger est installé dès les premières répliques de la partie qui suit le prologue ; il s’agit de débats qui sont émaillés de cavalcades et de pitreries, tant le ressort de la pièce est celui de l’exagération. En dépit de l’intention de Patrick Pineau, la représentation reste donc une comédie. Les scènes succèdent aux scènes dans un ordre prédéterminé par la machination, et les échanges restent sans conséquence, puisque les spectateurs n’ont aucune chance d’en être dupes.
Malgré les prestations enjouées et truculentes des comédiens, on ne peut que rester déçu de cette interprétation. On ne sait si la représentation n’est que victime du défaut constitutif de la pièce ou si elle a manqué d’ingéniosité pour en éviter les pièges.

Christophe Giolito

L’art de la comédie

de Eduardo De Filippo

Mise en scène Patrick Pineau

 Crédit photographies © P. Delacroix

Avec 
Nicolas Bonnefoy ; Marc Jeancourt ; Aline Le Berre ; Fabien Orcier ; Sylvie Orcier ; Mohammed Rouabhi ; Christophe Vandevelde ; Vincent Winterhalter

Traduction Huguette Hatem ; dramaturgie Daniel Loayza ; lumières Christian Pinaud ; son et musiques Nicolas Daussy ; costumes Brigitte Tribouilloy assistée de Charlotte Merlin ; vidéo et régie vidéo Éric Perroys ; scénographie Sylvie Orcier ; construction du décor Les ateliers du Grand T ; régie générale Florent Fouquet ; Régie son Pierre Congratel ; régie lumière Morgane Rousseau ; habillage Charlotte Merlin ; production déléguée Théâtre-Sénart – Scène nationale ; coproduction Compagnie Pipo, Le Grand T – Théâtre de Loire-Atlantique, Théâtre Dijon Bourgogne – CDN, MC2 : Grenoble, Théâtre Firmin Gémier/La Piscine, Antony et Châtenay-Malabry, Théâtre-Sénart – Scène nationale, MA Scène nationale – Pays de Montbéliard ; la compagnie Pipo-Patrick Pineau est subventionnée par la DRAC Île-de-France – ministère de la Culture et de la Communication. Remerciements à Marie Herfeld et Ophélie Grandin.

Du 2 au 7 février 2016

Théâtre Firmin Gémier La Piscine
254 Avenue de la Division Leclerc, 92290 Châtenay-Malabry, France

Rens 0141872084. http://www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr
Du 1à au 18 février 2016

Théâtre 71 – Scène nationale de Malakoff, 3 place du 11 novembre, 92240 Malakoff.

Durée de la représentation : 1h50.

Tél. : 01 55 48 91 00. www.theatre71.com.
Egalement le 26 février 2016 au Théâtre de l’Arsenal à Val-de-Reuil

Du 1er au 5 mars au Théâtre Dijon Bourgogne, le 8 mars au Salmanazar à Epernay.

Laisser un commentaire