La petite lumière au fond du puits : entretien avec l’artiste Sophie Rousseau
Par son expressionisme abstrait, Sophie Rousseau crée des jaillissements, des épanchements. Un hiatus s’ouvre mais dans l’apaisement même si le corps de l’image est comme séparé de lui-même et devient l’enfant d’eau. Par ellipses, remontent des formes en errances. D’autres s’enfoncent en un suspens. Toutes viennent de partout et de nulle part, d’ici et de là-bas, de cet endroit où les êtres continuent de chercher par la connaissance des gouffres. Il y a des vagues de vagues : des lignes viennent s’y glisser, bercées par ce qui surnage et où le regardeur vient se baigner sans risque de se noyer.
Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Quand je n’ai pas d’obligations, la lumière, mais surtout ces pensées qui me devancent : projets, envies, je me dépêche de courir derrière pour ne rien oublier. Noter, faire, garder quelques traces.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Ils m’ont rattrapée. On n’échappe pas à ce qu’on est.
A quoi avez-vous renoncé ?
A tout justifier, puis à tout contrôler.
D’où venez-vous ?
De l’autre côté du miroir.
Qu’avez-vous reçu en dot ?
Un regard, peut-être, une sorte d’hypersensibilité, toujours en alerte.
Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Plaisir de chaque instant, toujours prendre ce qui est bon. Sinon, lire, rêver.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Je ne sais pas, drôle de question… c’est important ? J’aime les artistes. Je me sens bien au milieu d’eux. Je ne cherche pas à me distinguer, mais au contraire à créer des liens, à trouver des dénominateurs communs.
Quelle est la première image qui vous interpella ?
Une petite lumière, du fond d’un puits…toute une histoire ! Puis un peu plus tard, à la proue d’un bateau, une plongée dans les bleus … fascination. Des émotions en lien avec l’eau, souvent.
Et votre première lecture ?
Oui-oui !…ou bien Saturnin, peut être ? Enfant, j’aimais lire tout ce qui me passait sous la main, mais le premier livre que je me suis acheté était Plupart du temps de Pierre Reverdy. Il me tient toujours compagnie.
Pourquoi votre attirance pour le tachisme ?
Le tachisme ? L’abstraction lyrique, plutôt… Mais je ne suis pas attirée par un courant d’art en particulier, je me méfie des écoles. Je préfère les courants d’air, ceux qui aident à respirer. Le souffle, oui, c’est ça.
Quelles musiques écoutez-vous ?
Blues, jazz, jazz-rock, rock pour l’énergie. Musiques celtiques pour les jours de pluie… En classique, j’aime la musique baroque Bach, Purcell, Haëndel, Vivaldi mais aussi le début 20è Ravel, Debussy, Satie, Stravinsky, Mahler, Bartock, Poulenc… C’est mon premier geste quand j’entre dans l’atelier, la musique emplit l’espace, lui donne une couleur.
Quel est le livre que vous aimez relire ?
Voyages de l’autre côté, de JMG Le Clézio, à égalité avec Mydriase . Je les ouvre au hasard et y trouve toujours de quoi me nourrir.
Quel film vous fait pleurer ?
Je ne suis pas très cinéphile… Les belles histoires d’amour contrariées peut-être, Casablanca, Sur la route de Madison, Out of Africa. Mais j’avoue que l’actualité me fait plus souvent pleurer que la fiction.
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Celle qui habite de l’autre côté.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A Serge Gainsbourg. Un vrai regret. Et à JMG Le Clézio, mais pour ce dernier il n’est pas trop tard.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Une île, ou plus encore l’Océan, sur lequel on s’élance pour aller à la rencontre …de soi-même.
Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Les poètes, sans doute. Les modes opératoires sont très proches, je crois.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Une presse …mais il faudrait aussi agrandir l’atelier !
Que défendez-vous ?
L’ouverture, la tolérance, le droit de rêver.
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Cela fait beaucoup de négations en une seule phrase… Vaste sujet !
Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
La porte ouverte à tous les abus ! Un abus de langage, alors…
Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
L’une des vraies questions, celles pour lesquelles on n’a pas de réponse… Tant mieux alors ! Oublions ça. (Sourire).
Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 3 janvier 2016.
One thought on “La petite lumière au fond du puits : entretien avec l’artiste Sophie Rousseau”
les belles personnes avec des qualités de coeur et d’ame on les cherche. vous etes artiste, aimez zao wou ki, il en va de mm pour mes gouts artistiques, et ma façon de m’exprimer. je suis heureuse d’avoir trouvé le meme esprit. continuez