Justine Lévy, Son fils (Rentrée littéraire 2021)

Justine Lévy, Son fils (Rentrée littéraire 2021)

Tout cela reste « de la littérature »

Rien n’y fait : Artaud demeurera esclave de lui-même. Toute sortie de soi restera impossible : « les portes n’existent pas et on ne va jamais que nulle part que là où l’on est » écrit-il dans ses Cahiers du retour à Paris.
Pourtant, avant ce constat final, il est un temps où l’auteur tente d’ouvrir une porte et provoquer un déplacement capital selon une perspective que, d’ailleurs, le psychanalyste anglais Bion avait précisé : “ Changer de cadre pour changer l’être ”. C’est ce qu’inconsciemment peut-être Artaud a tenté…

Q
uelques mois après son retour d’Irlande il s’embarque pour le Mexique. Ce périple représente l’épreuve initiatique par excellence. Epreuve paradoxale d’ailleurs qu’il « renie » d’une certaine façon puisqu’il refuse de signer Le Voyage au pays des Tarahumaras et qu’il demande à Jean Paulhan de remplacer son nom par trois étoiles mais il n’empêche que cette “ incartade ” va permettre de faire éclater le langage final et si incompris (ou incompréhensible ?) de l’auteur .

Pour autant, Artaud restera prisonnier de son mal. Ce qu’entérine le journal imaginaire de la mère d’Antonin Artaud inventé par Justine Lévy. Selon l’auteure, cette mère consacre sa vie à essayer de sauver son fils, à comprendre son génie et sa folie. Elle fait preuve de courage pour essayer de le sortir des différents hôpitaux psychiatriques où il est envoyé et enfermé ; des électrochocs et des drogues qui, pense-t-elle, l’abîment toujours un peu plus.
Mais cette « fiction » n’apporte rien. Tout cela reste « de la littérature », parfait exemple de ce que devrait demeurer la vraie littérature même lorsqu’elle ne va pas jusqu’au point où Artaud la mena.

Quoiqu’appuyé sur certaines révélations dignes d’intérêt, ce livre reste anecdotique. Pour Artaud, rien ne pouvait recommencer sous une autre étoile que sa prison intérieure. Le texte passe à côté d’une expérience capitale.
Pas plus le peyolt, la mère que ses sarbacanes affectives ne pouvaient pénétrer dans l’esprit en espérant recréer la naissance du premier jour.

Aimante à sa manière, celle qui a tant de fois rêvé de sauver son fils va fermer et enclaver le poète à l’intérieur d’un cercle, un cercle particulier où tout se rejoint, où tout semble le réconcilier avec une seule loi secrète : celle du propre esclavage du créateur.

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jean-paul gavard-perret

Justine Lévy, Son fils, Stock, coll. Bleu, 2021, 190 p. – 18,00 €.

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