Joseph McBride, À la Recherche de John Ford

Joseph McBride, À la Recherche de John Ford

Cette biographie monumentale est irremplaçable pour, à travers John Ford, comprendre ce que sont la création et le cinéma américain

Voilà une biographie à l’anglo-saxonne : dense, lourde (plus de mille pages), incroyablement documentée et toujours passionnante. Monumentale, comme le personnage qu’elle évoque.

« Je m’appelle John Ford. Je fais des westerns » – ainsi se présente le récipiendaire de quatre Oscars (record à ce jour jamais égalé) en octobre 1950 lors de la réunion du syndicat des cinéastes, la Screen Directors Guild, où s’affrontèrent les réalisateurs au sujet de la Liste Noire. À son statut d’auteur de plus de cent cinquante films, du muet (première apparition à l’écran sous la toge d’un membre du Ku Klux Klan dans Naissance d’une Nation de D. W. Griffith, en 1915) à l’époque moderne (dernier film en 1970, Chesty : A tribute to a legend) – une filmographie comportant des courts, des longs et des très longs métrages parmi lesquels on compte des documentaires et des fictions, de tous genres, de toute ambition – l’on peut ajouter également qu’il fut membre de l’OSS, héros de la Seconde Guerre mondiale… Mais aussi Irlandais, et l’on pourrait presque résumer son existence par une alternance de tournages compulsifs et de beuveries sur son bateau, au Mexique, lors de tournées mémorables des bars à hôtesses avec John Wayne, son idéal masculin qu’il façonna, ses scénaristes ou Henry Fonda ; mauvais père ; mauvais mari, et, accessoirement, par défaut, sans le faire exprès, par inadvertance : génie.

Mais plus que les anecdotes, souvent drôles, parfois pathétiques ; plus que les portraits des mogols (Daryl Zanuck) ; plus que la description de « l’Âge d’Or des Studios » ou de sa relation compliquée avec le grand amour de sa vie, Katherine Hepburn ; plus que l’analyse des chefs-d’œuvre (La Prisonnière du Désert, La Chevauchée Fantastique, L’homme tranquille…) ou des films mineurs ; plus que la traversée de l’Histoire du cinéma – plus que tout ce qui forme « une grande biographie », À la Recherche de John Ford est le work in progress d’un homme qui devient à force de convictions, d’un travail constant, fastidieux, insatiable et inlassable, à force de connaissances, d’osmose intime entre lui et la Nature d’un pays, Le poète d’une Nation. Les films de John Ford cristallisent l’âme d’une mythologie ; ils sont le reflet de la perception que les Américains avaient d’eux-mêmes, au temps où ils étaient les bons, et les autres, les méchants. Avant qu’ils perdent leur naïveté, John Ford a filmé la fin de leur adolescence.

À la recherche de John Ford est un livre rare, se prêtant aux lectures multiples – mais à l’âme unique ; il est une métaphore à la fois de ce qui reste malgré tout et de ce qui s’évapore de la poésie, du cinéma, de l’Amérique rêvée. Pour comprendre ce qu’est le cinéma américain, pour apprendre ce qu’est la création, pour s’introduire dans l’âme d’un peuple, ce livre de Joseph Mc Bride est indispensable.

À lire, à relire, encore et encore…

Michel Maudin

   
 

Joseph McBride, À la Recherche de John Ford (traduit de l’anglais – Etats-Unis – par Jean-Pierre Coursodon), Actes Sud, juin 2007, 1150 p. – 30,00 €.

 
     
 

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