Jonathan Littell, Une vieille histoire, nouvelle version
Reprenant un texte (récit) paru aux éditions Fata Morgana il y a six ans, Jonathan Litell approfondit une nouvelle fois le rapport qu’entretient le réel à sa narration. En une sorte d’exercice de style, l’auteur propose sept versions d’une même histoire : un narrateur nage dans une piscine, en sort, court dans un couloir où il oublie ses repères.
Ce texte répond à un besoin intérieur de l’auteur : la version Fata Morgana n’épuisait pas le mouvement qui avait généré l’état proposé. Aux deux chapitres de la version originale se sont donc ajoutées cinq autres séquences ou reprises en un jeu où, de fait, les dix premiers moments se démultiplient en trente cinq temps (5 x 7) au sein d’un principe de répétitions et variations de points de vue.
Pour autant, difficile à la fin du livre de savoir qui a vraiment « parlé » dans un devenir trouble qui ramène aux interrogations jadis ouvertes par Deleuze sur un plan théorique et Blanchot dans sa pratique. A la fixité identitaire, l’auteur préfère la fluidité d’un cours qui fait que tout s’écoule sans que se retienne un noyau dur. Même si tout est fondé sur un art achevé de la précision là où la forcément la toujours vieille histoire de l’éros est explorée au sein de pulsions violentes. Il s’agit de s’en accommoder eu égard à l’humaine condition et le peu qu’elle est.
jean-paul gavard-perret
Jonathan Littell, Une vieille histoire, nouvelle version, Gallimard, Paris, 2018, 384 p. – 21,00 e.
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