John Coates, Patience

John Coates, Patience

Un bijou de subtilité

À 28 ans, Patience, héroïne éponyme du roman de John Coates, est la mère heureuse de trois fillettes, Star, Su et Sal, et peut-être enceinte d’un quatrième enfant. Elle coule des jours paisibles auprès de sa famille, entourée de son gentil mari Edward, dans un environnement londonien aisé qui lui permet de jouir de l’aide de deux domestiques à domicile, et donc de rendre souvent visite à sa sœur chérie, Helen. Sa vie aurait pu se dérouler ainsi, dans l’ignorance béate du vrai bonheur, si deux événements quasi consécutifs n’étaient venus lui ouvrir les yeux sur les mensonges qui ourlent en réalité son existence.
Tout d’abord, elle reçoit la visite de son frère Lionel, un bigot si extrémiste dans sa foi catholique qu’il a perdu sa femme (la pauvre a préféré s’enfermer dans un couvent que de continuer à vivre avec lui). Celui-ci apprend à Patience que l’honnête Edward entretient en fait une relation adultère avec une autre femme – ce qui ne chagrine pas trop Patience, mais la sidère toutefois car elle voit mal comment et pourquoi une femme s’infligerait des rapports sexuels quand elle n’y est pas contrainte par le devoir conjugal. C’est que, tout bon mari qu’il est, Edward ne s’est jamais soucié du plaisir de sa docile épouse. Heureusement, Patience, à une soirée où elle accompagne sa sœur et son beau-frère et abuse de la boisson, rencontre un ami à eux, Philip. Quasi immédiatement, les deux jeunes gens tombent éperdument fou amoureux et Patience découvre dans les bras de son amant des sensations inédites qu’elle a tôt fait d’attribuer au « Péché ».

La comédie de meurs assez légère se meut en une satire plutôt subversive pour un livre qui date de 1953 – il fut d’ailleurs interdit à sa sortie dans la très catholique Irlande –, sur la religion et la façon dont on l’impose à ses pratiquants, et sur la place des femmes au milieu du XXème siècle. À ceux qui s’étonneraient, voire s’offusqueraient de l’irritante naïveté de Patience (est-il vraiment crédible qu’une femme de son âge soit assez simple d’esprit et ignorante, y compris de son propre corps qu’elle ne sache même pas si elle est enceinte, compte sur ses frère et sœur – après son mari – pour lui indiquer comment mener sa vie ?), rappelons que la société hyper machiste de l’époque, alliée à l’église catholique en l’occurrence, se faisait un devoir de maintenir les femmes dans cet état d’ignorance docile qui convenait parfaitement à leurs desseins.
Outre les intérêts susmentionnés et une intrigue assez prenante pour qu’on n’ait pas envie de lâcher le livre une fois entamé, il faut saluer la traduction de qualité qui permet d’apprécier à sa juste valeur la subtilité de l’écriture, le phrasé et l’esprit qui font de ce roman un petit bijou. À la fois drôle, touchant et culotté pour son époque, Patience plaira sans doute même aux plus dévots des lecteurs.

agathe de lastyns

John Coates, Patience, traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Jacques Papy, Belfond, coll. Vintage, juin 2014, 272 p. – 17,00 €

Laisser un commentaire