Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Quebert

Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Quebert

La vérité sur l’affaire Harry Quebert

Joël Dicker est un drôle de zig qui a l’air bien propre sur lui : on ne naît pas impunément à Genève.

Mais il a écrit un sacré bouquin !

Qui était Nola Kellergann, jeune fille de 15 ans dont les restes ont été retrouvés dans le jardin de l’écrivain Harry Quebert  trente-trois ans après sa mort ?
Qui est Harry Quester, l’écrivain qui a connu un succès phénoménal  avec son roman  Les origines du mal qui raconte une passion interdite, la sienne pour la jeune Nola ?
Qui est, enfin, Marcus Goldmann, le narrateur, lui- même écrivain en panne d’inspiration mais qui voue une amitié et une admiration sans borne pour Quester qui lui appris ce qu’écrire était ? Mais Dicker lui-même qui nous raconte comme un écrivain  s’essaie au chef-d’oeuvre, qui n’est autre que le livre qu’on a entre les mains !

Joël Dicker a la dent dure contre l’Amérique puritaine qui a l’indignation facile mais ferme les yeux devant une mère qui frappe sa fille, ne voit pas un milliardaire  vaguement pédophile puis très homosexuel ou un flic qui se faisait faire des pipes par une mineure et  a bâclé son enquête pour ne pas inculper tous ceux qui se comportent comme lui.
Il a aussi la dent dure contre l’éditeur américain de Marcus Goldmann prêt à ruiner son auteur en rade qui ne lui crache pas assez vite son nouveau manuscrit ou à lui lâcher des a-valoir exorbitants pourvu qu’on lui donne un peu de cul à mettre sous presse. Prêt à engager une armée de ghost writers pour pallier l’inspiration de Goldmann qui s’est perdue en route. Impossible de voir dans ces personnages sordides l’helléniste Bernard de Fallois ou les placides éditeurs suisses de l’Age d’homme.

Dicker tisse sa toile de main de maître, multiplie les fausses pistes, les sauts dans le temps, mélange les intrigues sans que le lecteur se perde jamais. Il nous fait passer avec maestria du roman à succès  Les origines du mal  à celui que Goldmann est en train d’écrire, voire à son propre livre (cf. p. 481-482)  tandis qu’un un tueur  toujours en avance d’une longueur le guette dans l’ombre.
Il arrive même à rendre attachant un personnage aussi antipathique que la mégère Tamara Quinn en montrant que, elle aussi, a un jour pu aimer. Mais personne n’est vraiment net dans l’univers de Joël Dicker : les écrivains sont des imposteurs, les flics des pourris, les éditeurs  des excités et les pures jeunes filles de 15 ans font des turlutes  dans des voitures noires pour l’amour d’un autre. D’un autre qui n’est pas très net non plus car, comme Dicker, Harry Quebert est un drôle de zig.

La vérité sur l’affaire Harry Quebert est construit comme des poupées russes : Harry Quebert a écrit un chef d’oeuvre dicté par la passion dévorante et réciproque qu’il éprouvait pour Nola ( à moins que…). Marcus Goldmann écrit un chef- d’oeuvre où il raconte la génèse de celui de son maître et l’incompréhensible assassinat de Nola. Et Joël Dicker pense qu’il écrit un chef-d’oeuvre en démêlant toutes ces histoires qui se révèlent de plus en plus tordues à mesure que le dénouement approche.
Et c’est là le seul bémol. A-t-il écrit un chef-d’oeuvre ou juste un best seller drôlement bien fichu ? Car le grand écrivain n’est pas celui qui se préoccupe de ses à-valoir, c’est celui qui bâtit son oeuvre dans l’ombre, avec son sang et ses larmes, en se foutant du pognon. Mais est-ce possible quand on est est genevois ?

Ecrire un livre c’est comme aimer quelqu’un : ça peut devenir très douloureux.  Mais lire La vérité sur l’affaire Harry Quebert  fait le plus grand bien au lecteur.

 fabrice del dingo

 Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Quebert, Éditions de Fallois /L’âge d’homme, sept. 2012, 670 p. – 22,00 €.

Laisser un commentaire