Joachim Lafosse, Les Chevaliers Blancs

Joachim Lafosse, Les Chevaliers Blancs

Le Blanc n’est pas une couleur

Joachim Lafosse a trouvé dans Vincent Lindon l’acteur (et le porte-voix) idéal. Les deux sont devenus – promotions aidant – des spécialistes de leçons de morale. Ils se posent en modèle de ce que le cinéma doit dire et montrer. Prétendant proposer un film « politique » (pour répondre aux injonctions chères aux Cahiers du Cinéma »?) il n’en propose qu’une parodie.
Inspiré de l’affaire de L’Arche de Zoé, soit l’histoire d’humanitaires partis au Tchad pour ramener en Europe des orphelins en 2007, Les Chevaliers Blancs, dans son intention (ou sa prétention), ne se veut pas un film quelconque. Il ne prétend ni à la représentation du réel, ni bien sûr au récit d’aventure. Néanmoins, la voie que le réalisateur dit suivre est plus de l’ordre d’une farce (tragique) que d’une fable. Le film reste doublement colonial. D’abord dans les rapports que les personnages « blancs » entretiennent avec les autochtones. Mais il colonise tout autant le regard du spectateur. Preuve que les réalisateurs qui se disent non autoritaires sont ceux qui savent le plus manier la schlague. Sous prétexte de donner une matière brute à interpréter, Lafosse feint d’oublier que le regard du spectateur ne peut être qu’obvié par ses orientations de « filmage ».

Sous prétexte de ne pas faire un film psychologique, Les Chevaliers Blancs tombe dedans puisqu’il repose uniquement sur la question de la moralité du héros. L’intrigue ne grince jamais et il n’existe aucun courant souterrain, aucune alternative à ce qui est diffusé de manière moins radicale que naïve. L’œuvre manque particulièrement du « filmique » cher à Barthes. A savoir, ce qui fait du cinéma non un support d’image mais une langue. En son absence, le film fait glisser dans un filet sentimentalo-moral orthodoxe (la présence des enfants n’y est pas pour rien).
Dans ses divagations, l’œuvre non seulement manque de mystère mais de vie. Elle ne sert en plats de résistance que des temps forts (et souvent fort longs) la réduisant à rien sinon ce que son propos dit combattre : le film d’aventure. Les Chevaliers blancs imite le réel il ne le décrit en rien. Il reste un ersatz. De la re-présentation espérée ne demeure qu’une banale représentation. Le titre lui-même dans son ironie ne pourrait la sauver.

On préférera mille fois dans le genre héros-victime un autre « chevalier blanc » celui que Gérard Lanvin (burné jusqu’à l’équivoque) incarna dans un film dit B voire C, D ou pire :  Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine. Ce film (avec son côté « Gaz de France » des années 70 ) se révèle plus iconoclaste que celui du réalisateur Lafosse. Néanmoins et, comme ses deux acteurs (Louise Bourgoin et Vincent Lindon), Joachim Lafosse appartient à l’intelligentsia de cour prête à sanctifier ce nanar qu’est Les Chevaliers blancs. On est loin pourtant de John Huston – tant par les dialogues que le récit – à qui l’officiel des bobos compare Lafosse. Mais c’est bien connu : il faut se méfier autant de Télérama que des Inrocks.

jean-paul gavard-perret

Les Chevaliers Blancs

Réalisateur : Joachim Lafosse
Durée : 1h 52m
Scénario : Joachim Lafosse, Thomas Bidegain, Julie Decarpentries, Thomas van Zuylen, Zélia Abadie
Scénario : Geoffroy d’Ursel, François-Xavier Pinte

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